Silhouette bedonnante, lunettes sur le bout du nez et tonsure encadrée par de longs cheveux gris, Michel Catino, 68 ans, détonne vis-à-vis des autres protagonistes du dossier - caïds de cité pour la plupart, adeptes de l'islam radical pour certains.

Un décalage que ce citoyen belge, père, grand-père et joueur de poker invétéré, revendique volontiers face à la cour d'assises spéciale de Paris, qui l'interroge sur son rôle dans la filière qui a permis les attentats.

"Je sais que je suis coupable pour le transport de stups, le sac, les deux fusils chez moi... Mais il faut pas me mettre les trucs de terrorisme sur la tête", assure le sexagénaire, veste de k-way noire et tee-shirt blanc à col roulé. "Moi, je ne connais rien à la religion. Le terrorisme, je ne sais même pas ce que ça veut dire. Je regarde pas la télé, je lis pas les journaux (...) Mon seul but, c'était de jouer", martèle-t-il.

Jeu et magouilles 

Ami de jeu et de magouilles de Metin Karasular, propriétaire d'un garage à Charleroi, Michel Catino aurait joué l'homme de main dans la "filière belge", qui a fourni, selon l'accusation, une partie des armes au tueur de l'Hyper Cacher.

Plusieurs déplacements entre Charleroi, Paris et Charleville-Mézières ont été mis au jour par l'enquête téléphonie entre l'été 2014 et début 2015. Et des échanges récurrents ont été établis avec le bras droit présumé d'Amédy Coulibaly, Ali Riza Polat.

Pourquoi ces multiples contacts et déplacements? Dans le box, Michel Catino évoque des "coups de main" à son ami Karasular, pour lesquels il se serait montré peu regardant. Au garage, "il y a beaucoup de gens qui venaient, moi je ne demandais pas pourquoi", raconte l'accusé, qui précise qu'Ali Riza Polat et Metin Karasular "parlaient kurde" quand ils se voyaient.

La cour l'interroge alors sur un sac rempli d'armes, jugées "pourries" par Coulibaly, et qu'il aurait accepté d'aller récupérer en Ile-de-France auprès d'Ali Riza Polat, en échange d'un "billet" de 500 euros. Qu'y avait-il dans ce sac? "Je ne savais pas", assure Catino. "Vous ne vous êtes jamais posé de questions?" s'étonne l'assesseur. "Non. On me proposait de l'argent, j'ai accepté", répète l'accusé, qui précise avoir dépensé les sommes gagnées "au jeu". Un "hobby" à l'allure d'addiction, selon le sexagénaire. "Il n'y a que ça que j'avais en tête, le jeu, le jeu!"

"Je ne sais pas bluffer" 

Dans son récit, les parties de poker clandestines le disputent à la vente de stups, à la contrebande de voitures et au trafic de pneus, dressant le tableau d'un trafiquant de seconde zone, en apparence très éloigné des frères Kouachi et d'Amédy Coulibaly.

Un tableau auquel l'avocate générale comme les parties civiles ont du mal à croire, au vu des incohérences dans les propos de l'accusé, qui a varié dans ses déclarations face à la juge d'instruction. Pourquoi a-t-il accepté de garder deux armes longues à son domicile? Pourquoi ses appels à d'autres membres de la filière quelques minutes après l'attaque de Charlie Hebdo? Pourquoi s'être séparé de son téléphone dans la foulée des attentats?

Dans le box, Catino grommelle et s'impatiente. Les avocats insistent. "J'ai dit ça, moi, j'ai dit ça?", répète le sexagénaire, confronté à ses déclarations passées.

Sur les bancs, les parties civiles s'agacent de ces dénégations et de ces réponses évasives. "On a du mal à vous croire", tonne un avocat. Michel Catino, jusqu'à présent placide, hausse soudain le ton. "C'est vous qui me posez des questions à faire bouillir les gens", proteste le sexagénaire, qui nie tout double jeu: "Au poker, je bluffe beaucoup. Mais ici je ne sais pas bluffer".