Le déplacement à Rouen jeudi dernier pour parler de l'axe économique de la Seine était un avant-goût justifié par sa fonction de maire de la capitale. Celui de vendredi en Lorraine, où elle rencontrera des soignants à l'hôpital et des étudiants pour replacer "la jeunesse au coeur des innovations sociales", revêt une autre dimension.

"La santé et la jeunesse sont sans doute les deux thématiques politiques essentielles en ce moment", souligne Rémi Féraud, chef de file (PS) de la majorité municipale, à l'AFP.

Interview au média Brut, appel à l'instauration d'un RSA jeunes (une aide d'urgence de 500 euros par mois) le temps de la crise et création d'un compte Twitter "Les jeunes avec #Hidalgo": la maire de Paris a particulièrement ciblé cette catégorie d'électeurs ces derniers jours.

"Se faire connaître"

A Nancy, ville dirigée par un socialiste soutenu par des écologistes, Anne Hidalgo s'affichera avec son homologue Mathieu Klein. Une façon de mettre en avant ces "maires issus d'une nouvelle génération qui incarnent la capacité de la gauche à se renouveler", vante Rémi Féraud. Un autre déplacement à Bordeaux, grosse prise des Verts aux municipales de 2020, est en préparation.

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Quatorze mois avant l'échéance présidentielle, le but est d'apparaître comme "la figure capable de rassembler les maires des grandes villes", majoritairement à gauche, assume le sénateur socialiste, proche de la maire. Les plus petites communes et les zones rurales suivront "dans les semaines et les mois qui viennent".

Maire de Paris depuis 2014, réélue en 2020, Anne Hidalgo "a besoin de se faire connaître" hors de la capitale, plaide un autre de ses proches.

Pour l'analyste politique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, Mme Hidalgo, présente dans le "top 10 des personnalités qui ont la plus forte notoriété", a la légitimité pour le faire. Et de rappeler les précédents Jacques Chirac (1995), Nicolas Sarkozy ou François Hollande (2012) partis "à la rencontre du pays pour écouter ses besoins, sa souffrance".

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Créditée de 46% d'opinions favorables, selon le tableau de bord des personnalités Paris Match/Sud Radio - Ifop/Fiducial de février, l'ancienne inspectrice du travail âgée de 61 ans bénéficie d'une "image positive qui émerge sous l'angle de l'ascension sociale, de quelqu'un issu d'immigrés espagnols qui a grandi dans une banlieue lyonnaise et qui a réussi à s'élever", analyse M. Dabi.

"Cela contrebalance pas mal, pas complètement, l'image d'Anne Hidalgo la Parisienne".

"Faire bouger les lignes"

Le déficit d'image potentiellement réglé, reste l'arithmétique: un récent sondage Harris Interactive pour CommStrat ne lui donne que 6% à 7% d'intentions de vote au premier tour, soit le score de Benoît Hamon en 2017. Difficile, si les Verts partent de leur côté, d'envisager un accès au second tour.

Ces incursions dans les villes où socialistes et écologistes gouvernent ensemble visent donc aussi à "entamer l'automaticité d'une candidature EELV", estime Frédéric Dabi.

Le risque "qu'une trop grande division élimine la gauche du deuxième tour doit permettre de faire bouger les lignes sur l'année 2021", veut croire de son côté Rémi Féraud.

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L'Insoumis Jean-Luc Mélenchon, seul candidat déclaré à gauche, la primaire des Verts n'étant prévue qu'en septembre, Mme Hidalgo peut prendre l'écologiste Yannick Jadot "de vitesse", estime Dabi, et "bousculer les frontières des partis telles qu'elles sont fixées aujourd'hui", insiste Féraud.

Une plateforme "Idées en commun", d'ici début mars, un livre en avril sont les prochains pas vers l'élaboration d'un programme et une éventuelle déclaration de candidature après l'été. "Avec la crise sanitaire, il n'y a aucune raison de se précipiter", note l'un de ses amis.