La diffusion dimanche d'une émission à l'Elysée avec McFly et Carlito, qui a dépassé les 3,4 millions de vues en quelques heures, n'est que le dernier d'une série de signaux adressés par Emmanuel Macron en direction des jeunes, à moins d'un an de la présidentielle.

Le "concours d'anecdotes" du président avec le duo de youtubeurs stars, émaillé d'un appel à Kylian Mbappé et terminé par un mini-concert de metal dans les jardins du palais, conclut une semaine qui a vu les lancements successifs de mesures pour le sport et la culture, à grand renfort à chaque fois de séquences filmées au milieu de jeunes Français.

Mercredi dans l'Aube, le chef de l'Etat avait lancé le Pass Sport, une aide de 50 euros par enfant destinée à faciliter l'inscription dans un club affilié à une fédération. 5,4 millions de jeunes y sont éligibles.

Vendredi à Nevers, il concrétisait une promesse de campagne du candidat Macron, le Pass Culture doté de 300 euros et destiné aux 800.000 jeunes âgés de 18 ans. Les bénéficiaires pourront le dépenser en billets (cinéma, concert, spectacle, musée...), en biens culturels (livres, disques, instruments...), en cours de disciplines artistiques, en matériel des beaux-arts ou en services numériques (jeux vidéo, musique en ligne, certaines plateformes de SVOD, presse en ligne, ebooks...).

S'attardant ensuite dans le chef-lieu de la Nièvre, le président a assisté à la fin d'un concert du groupe de rap 47Ter. "Je sais ce que cette épidémie et ces mois ont volé de moments de joie, d'insouciance. C'était juste très beau de vous voir être heureux. Ça va aller de mieux en mieux", a-t-il lancé, au pied de la scène, au jeune public qui lui réclamait un discours.

Son pas de deux avec McFly et Carlito a, sans surprise, été dépeint comme futile par les oppositions.

"Je ne pense pas qu'Emmanuel Macron est meilleur youtubeur que président de la République", a lancé sur France 3 le communiste Ian Brossat: "L'essentiel est d'apporter des réponses à la précarité des jeunes. Le reste ce sont des zouaveries".

"Je me moque de savoir comment il communique", a balayé pour sa part Thierry Mariani, tête de liste du RN aux régionales en PACA: "Le bilan de M. Macron, pour moi, les Français l'ont compris. Après il peut l'expliquer sur TikTok, sur Youtube ou je ne sais quoi, je pense que les Français l'ont jugé".

"Passage obligé"

Les efforts de l'exécutif pour aller s'adresser aux jeunes là où ils se trouvent n'ont pas commencé cette semaine. En décembre, le président accordait une longue interview à Brut, prolongée par une séance de questions-réponses sur le compte Snapchat du média en ligne.

La volonté du plus jeune président de la Ve République de s'adresser directement aux jeunes adultes paraît efficace auprès de sa cible. Selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche qui montre une hausse de 3 points de la cote de popularité présidentielle, Emmanuel Macron progresse particulièrement chez les plus jeunes, avec une cote de 51% chez les 18-24 ans, soit 8 points de plus qu'en avril.

"Cela fait longtemps qu'il est populaire auprès des jeunes de 18 à 24 ans", commente pour l'AFP Frédéric Dabi, le directeur général de l'Ifop, relevant que le chef de l'État fait moins bien chez les 25-34 ans, "la génération de l'insertion, ceux qui paient cash et en direct les effets de la crise".

Pour le sondeur, s'adresser aux jeunes est pour tous les candidats à l'Élysée "un passage obligé, déconnecté de toute stratégie électorale. C'est consubstantiel à toute campagne présidentielle, qui est un moment d'introspection nationale. On va parler de la France, on va parler de demain, et il n'y a rien de mieux que les jeunes pour se positionner dans une logique de projection". Quant au président sortant, "son avantage sur les autres, et c'est une raison majeure de l'adhésion des jeunes Français à son égard, c'est qu'il est lui-même jeune".

Pour autant, prévient Frédéric Dabi, "ce n'est pas dans cette génération que va se faire l'élection. Dans l'histoire d'une élections présidentielle, on n'a jamais vu le vote jeune être déterminant".