"Jugement extrêmement sévère" et "peines totalement injustifiées": la défense a vivement critiqué le jugement du tribunal correctionnel de Paris contre l'ancien président, son avocat historique Thierry Herzog et l'ex-magistrat Gilbert Azibert.

Les trois hommes, qui contestent les accusations, ont fait appel. Un deuxième procès devrait avoir lieu courant 2022.

"Il n'aurait pas dû y avoir de condamnation du tout", a estimé sur BFMTV Me Hervé Temime. Si le conseil de Me Herzog réfute l'idée d'"une décision politique", il n'est "pas certain qu'ils aient eu le droit à une justice impartiale".

Les relations des magistrats avec Nicolas Sarkozy quand il était président ont souvent été tendues, parfois exécrables, notamment lorsqu'il les avait qualifiés de "petits pois". A droite, des soutiens de l'ancien chef de l'Etat ont dénoncé "un acharnement judiciaire" et une volonté de "vengeance".

"Beaucoup de choses ont dysfonctionné. Le PNF a été très habile dans sa communication en instrumentalisant un combat qui est un combat purement juridique", a jugé sur France Inter l'avocate de M. Sarkozy, Jacqueline Laffont.

"Pas de politique"

Le procureur national financier Jean-François Bohnert a balayé sur RTL ces commentaires: "La justice politique renvoie à d'autres pays, d'autres sphères géographiques".

"Le PNF ne fait pas de politique, le PNF ne connaît pas d'infractions politiques, le PNF connaît des infractions économiques et financières qui ont parfois" une coloration politique "par la qualité politique des personnalités" mises en cause, a-t-il ajouté, soulignant que sur 605 procédures suivies par sa juridiction, seules "quelques dizaines concernent des personnalités politiques".

M. Sarkozy a, selon lui, été jugé comme n'importe quel citoyen français.

"Si les infractions sont constituées - c'était la thèse du parquet, c'est aujourd'hui la thèse du tribunal- nous ne pouvions pas faire autrement que de poursuivre et de requérir la condamnation", a fait valoir le procureur.

Sur le fond, la défense a continué à pilonner un dossier "vide".

"Le jugement n'a pas été en mesure de trouver des preuves, il a fallu qu'il fasse recours à des faisceaux d'indices", selon Me Laffont.

"Quand on a des preuves contraires, le faisceau d'indices doit s'effacer", s'est insurgé auprès de l'AFP Dominique Allegrini, l'avocat de M. Azibert.

M. Bohnert s'est au contraire félicité que "le tribunal (prenne) soin de décortiquer sur 254 pages les éléments de preuves qui apparaissent dans le dossier".

"Dérives"

La défense a dénoncé à nouveau les écoutes de conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat, qualifiées de déloyales mais validées par la Cour de cassation, et l'épluchage des relevés téléphoniques de pénalistes dans une enquête incidente pour débusquer une éventuelle taupe les ayant prévenus qu'ils étaient sur écoute.

Cette enquête a été classée près de six ans après son ouverture et "cachée" à la défense, selon elle. "Des dérives monumentales", pour Me Temime.

"Le jugement est nécessairement un mauvais jugement dans la mesure où on valide une procédure mauvaise, irrégulière, pétrie de mensonges éhontés", a estimé Me Allegrini.

Trois magistrats du PNF, dont son ancienne cheffe Eliane Houlette, sont visés par une enquête administrative dont les conclusions sont attendues prochainement.

Le patron du PNF a jugé "injustes" les critiques formulées régulièrement contre son parquet, provenant notamment du garde des Sceaux, l'ancien avocat Eric Dupond-Moretti.

Depuis sa création fin 2013, le PNF "a ramené aux caisses de l'Etat la rondelette somme de 10 milliards d'euros par le biais de confiscations et d'amendes", a rappelé M. Bohnert.

"Nos institutions fonctionnent. La justice, indépendante, vient de condamner un ancien président, un avocat à la carrière brillante, un magistrat admiré", s'est réjouie dans Libération l'ancienne juge et députée européenne Eva Joly.

"Que l'institution judiciaire soit attaquée et abîmée simplement parce qu'elle a rendu justice (...) devrait conduire les garants de son indépendance, à savoir le ministre de la Justice et le président de la République, à intervenir pour la protéger et faire en sorte qu'elle continue à officier sereinement, y compris lorsque la délinquance élitaire est visée", a réagi dans un communiqué le Syndicat de la magistrature (classé à gauche).

"Mais manifestement l'amitié et les intérêts des plus dotés sont plus forts que certains principes constitutionnels", a-t-il ajouté, estimant que "la lutte contre la corruption devrait être un impératif d'action publique".