Les deux camps ont aussi multiplié les déclarations belliqueuses, faisant fi des appels internationaux à la trêve.

Depuis vendredi Stepanakert, la principale agglomération du Karabakh, a été la cible de frappes d'artillerie, forçant la population à se terrer.

Les tirs de roquettes ont repris avec une intensité nouvelle dimanche, le centre et la périphérie ayant été touchés, selon les journalistes de l'AFP.

A chaque retentissement de sirène, les habitants se réfugient dans les abris existants, comme la crypte d'une église.

"Je suis aumônier militaire, je viens de rentrer du front. Ca m'inquiète qu'ils tirent sur les civils", commente auprès de l'AFP, Gor Iourjan, un diacre de 28 ans, abrité dans ce lieu de culte.

Dans l'après-midi, Choucha, une ville de 4.000 habitants, a été à son tour atteinte par des tirs azerbaïdjanais.

Selon le ministère des Affaires étrangères de la république auto-proclamée, il y des "morts et des blessés civils" dans les deux cités.

Le dirigeant du Nagorny Karabakh, Araiyk Haroutiounian, a annoncé qu'en représailles aux frappes sur Stepanakert, des infrastructures militaires installées dans les "grandes villes" d'Azerbaïdjan, situées à plus grande distance du front, avaient été prises pour cible.

Revendications, accusations, démentis 

Ses services ont ensuite annoncé avoir "détruit" l'aéroport de la deuxième plus grande agglomération azerbaïdjanaise, Gandja, ce que l'Azerbaïdjan a démenti, affirmant que des civils avaient été tués.

D'autres villes azerbaïdjanaises ont été frappées, selon bakou : Horadiz, Beylagan et Terter.

Azerbaïdjanais et Arméniens, qui démentent systématiquement les succès militaires annoncées par l'adversaire, s'accusent aussi mutuellement de viser des civils.

"C'est leur stratégie militaire", a ainsi accusé un conseiller de la présidence azerbaïdjanaise, Hikmet Hajiyev.

Une habitante de Beylagan, interrogée par l'AFP, a raconté que sa maison avait été en partie détruite la veille.

"J'étais en train de cuire le pain quand j'ai entendu des explosions, j'ouvre la porte et je vois des bombes tomber dans la cour", explique cette femme, montrant son toit en partie effondré.

Sur le front, comme les jours précédents, les deux camps revendiquaient divers succès sur le champ de bataille.

Dimanche, l'Azerbaïdjan a affirmé avoir grièvement blessé le président de la république auto-proclamée et pris Jebraïl, une ville azerbaïdjanaise de 9.000 habitants contrôlée depuis les années 1990 par les séparatistes arméniens bien que située hors du territoire du Karabakh. La partie arménienne a démenti ces deux annonces dans la foulée.

La présidence du Karabakh a assuré dimanche que son armée "contrôlait totalement la situation dans toutes les directions".

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev, qui annonce régulièrement sur Twitter la prise de villes et de villages, a réaffirmé samedi que seul un retrait des forces arméniennes des "territoires occupés" pouvait mettre fin au conflit.

Prière et cierges 

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian estimait quant à lui que l'Arménie faisait face "au moment peut-être le plus décisif de son histoire" contemporaine.

A Erevan, la capitale, de nombreux habitants sont allés allumer des cierges à l'église Saint Sarkis.

"Je suis venue demander la paix à Dieu, pour notre pays et nos soldats", a raconté une Erevanaise, Aytsemik Melikian.

Le Nagorny Karabakh, majoritairement peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan à la chute de l'URSS, entraînant une guerre au début des années 1990 qui a fait 30.000 morts. Le front y est quasiment gelé depuis malgré des heurts réguliers.

Les deux camps s'accusent de la reprise des hostilités, une crise parmi les plus graves, sinon la plus grave, depuis le cessez-le-feu de 1994, faisant craindre une guerre ouverte entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Concernant le bilan, toujours très partiel Bakou ne communiquant pas ses pertes militaires, la mort de 247 personnes a été recensée : 209 combattants séparatistes, 14 civils du Karabakh et 24 civils azerbaïdjanais. Mais chaque partie affirme avoir tué plus de deux mille soldats ennemis.

Un conflit direct entre ces deux ex-républiques soviétiques du Caucase du Sud pourrait avoir des conséquences imprévisibles, plusieurs puissances étant en concurrence dans la région : la Russie, le traditionnel arbitre régional, la Turquie, alliée à l'Azerbaïdjan, ou encore l'Iran.

Les Turcs sont déjà accusés de jeter de l'huile sur le feu en encourageant Bakou à l'offensive militaire et sont fortement soupçonnées d'avoir déployé des mercenaires syriens pro-turcs au Karabakh.