Le pompier, un sergent-chef, a été touché à un mollet par un tir d'arme à feu qui a traversé sa jambe alors qu'il intervenait pour éteindre un feu de véhicule à Guinette, un quartier défavorisé de la ville d'Etampes, selon des sources concordantes.

Au moment du tir, vers 23H20, il n'y avait aucun individu au contact des policiers et des pompiers en intervention. "Ils n'ont même pas entendu la détonation", selon une source policière.

"C'est une première: un tir qui vise un pompier c'est une tentative de meurtre", a déclaré à l'AFP le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) Grégory Allione, en se disant "hagard, comme tous les pompiers ce matin".

"C'est l'horreur: comment peut-on vouloir tuer celui qui vient sauver?", a-t-il ajouté.

"Ces actes odieux ne doivent pas rester impunis", a réagi le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin dans un tweet, réitérant son "soutien indéfectible à ceux qui nous protègent au péril de leur vie".

M. Darmanin, qui s'est entretenu par téléphone avec le pompier, lui rendra visite en fin de journée, sans la presse, a indiqué à l'AFP l'entourage du ministre.

Le directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), qui chapeaute les pompiers au sein du ministère, a fait part de sa "profonde indignation".

"Un nouveau palier dans la violence a été franchi", a commenté la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse (Libres).

"Désarmement des banlieues, fin du laxisme judiciaire, déchéance de nationalité pour tout binational s'attaquant aux fonctionnaires de la République: il va falloir agir VITE et FORT (...)", a demandé sur Twitter Marine Le Pen.

Du côté de la majorité présidentielle, c'est le chef de file des députés, Stanislas Guérini, qui a tenu à "assurer à ce pompier et à l'ensemble de ses collègues de notre soutien sans faille".

"Quartier dangereux"

Sur le front judiciaire, une enquête, confiée à la sûreté départementale de l'Essonne, a été ouverte par le parquet d'Evry. M. Darmanin a par ailleurs indiqué avoir "veillé à ce qu'une plainte soit déposée".

En début d'après-midi, la carcasse de la voiture brûlée était toujours présente sur un parking jouxtant un stade d'athlétisme, a constaté un journaliste de l'AFP.

Juste à côté, un local des Restos du coeur accueille des personnes venues chercher de quoi se nourrir. Une bénévole de l'association, qui préfère rester anonyme, raconte qu'en juin, deux camions de la Croix Rouge ont été incendiés. "C'est un quartier vraiment dangereux ici", déplore-t-elle.

Cette affaire intervient dans un contexte d'inquiétude face à l'augmentation des agressions contre les pompiers en intervention.

En septembre 2018 à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), l'un d'eux avait été tué par l'homme qu'il était venu secourir, un déséquilibré, un décès qui avait choqué la profession.

Mais le tir d'Etampes est une "première" dans le sens où "on n'est plus dans le cadre d'un danger opérationnel, né d'une situation donnée: là c'est quelqu'un qui a voulu tuer", souligne M. Allione.

Si elles restent limitées (environ six par jour sur 10.000 interventions), le nombre des agressions de pompiers a triplé depuis dix ans, selon le ministère de l'Intérieur.

Ce rapport avait appelé le gouvernement à se mobiliser pour enrayer ces violences, notamment par une plus grande sensibilisation du public et davantage de coordination avec la police et la santé.

A Beauvau, on précise que M. Darmanin va rendre systématique le dépôt de plainte des pompiers après chaque agression de l'un des leurs, une autre préconisation du rapport sénatorial.

Les pompiers, chaque année davantage sollicités sur tous les fronts (secours à personnes, incendies, feux de forêts, transport médical...) ont également fait partie des professions en première ligne face à l'épidémie de Covid-19.