Ce recul sur le budget pluriannuel vise à séduire les "quatre frugaux" que sont les Pays-Bas, la Suède, l'Autriche et le Danemark, plus réticents à l'égard d'un plan de relance qui profitera surtout aux pays du sud comme l'Espagne ou l'Italie, les plus touchés par la pandémie. La Commission avait pour sa part proposé 1.100 milliards d'euros.

En revanche, M. Michel conforte le montant proposé par la Commission pour le fonds de relance (750 milliards), ainsi que la proposition de cette dernière de répartir ce fonds aux deux tiers via des subsides non remboursables, au grand dam du quatuor. Mais ces derniers pays pourraient trouver satisfaction dans la volonté de l'ancien Premier ministre belge de maintenir les rabais dont ils bénéficient sur leur contribution nationale au budget de l'UE.

Charles Michel demande en outre d'instaurer un fonds de réserve de 5 milliards d'euros pour les pays et les secteurs qui seraient les plus touchés par les conséquences imprévisibles du Brexit, ce qui inclut potentiellement la Belgique. Pour en définir les contours, la Commission est invitée à formuler une proposition en novembre prochain, à la vue de l'état des négociations en cours. Le recours à ce matelas pourrait d'ailleurs être évité en cas d'accord avec les Britanniques à la fin de la période de transition actuelle.

Pour aller dans le sens préconisé par le Parlement européen et la Commission, le président du Conseil propose que le financement de la relance soit soutenu par des ressources proprement européennes, comme une forme de taxe UE sur les plastiques non-recyclables dès 2021, un "prélèvement" numérique et un mécanisme de taxe carbone aux frontières au plus tard en 2023, sans exclure une extension aux secteurs aérien et maritime du mécanisme de droits d'émissions de CO2, une taxe sur les transactions financières ni d'autres ressources propres.

M. Michel propose aussi d'avancer à 2026 au lieu de 2028 le début du remboursement du capital de l'emprunt commun historique que l'UE s'apprêterait à engager pour financer la relance. L'idée est de mettre la pression sur les Vingt-sept pour concrétiser l'introduction de nouvelles ressources propres, mais aussi d'apaiser les pays les plus orthodoxes sur le plan budgétaire.

Répondant aux critiques de plusieurs pays - dont la Belgique - sur la clé de répartition des fonds de relance voulue par la Commission, le président du Conseil propose d'allouer 70% des fonds sur 2021 et 2022 selon la clé de l'exécutif, et de réserver les 30% restants pour 2023 et 2024 en tenant compte du recul du PIB qui aura été constaté sur 2020 et 2021. Cette répartition est destinée à mieux prendre en compte le caractère évolutif de la crise qui se profile.

Charles Michel confirme dans sa proposition sa volonté de lier l'octroi des fonds européens au respect de l'État de droit, un élément qui avait heurté les pays du groupe dit de Visegrad (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie). Pour décider d'éventuelles sanctions financières, le Belge préserve toutefois un mécanisme de décision à la majorité qualifiée au Conseil, là où la Commission préconise une majorité qualifiée inversée afin de rendre plus difficile le regroupement d'États membres illibéraux qui voudraient s'opposer à une suspension ou une suppression des fonds.

Le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders, pourra en revanche se réjouir de constater dans la proposition Michel un renforcement - par rapport à la précédente "négobox" - du budget dévolu à son département, avec notamment le passage de 17 millions à 37 millions d'euros pour la mise en place du Parquet européen.

Cette "boîte de négociation" se veut le document de base du sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'UE qui se tiendra vendredi et samedi prochains à Bruxelles, pour la première fois en présence physique depuis l'éclatement de la crise du coronavirus. "Il est temps d'agir, il est temps de décider", a exhorté M. Michel. S'il parvient à boucler un accord au Conseil, il devra encore le négocier avec le Parlement européen.