Rues désertes sous un soleil d'hiver, quelques magasins ouverts et de rares passants: en apparence, Milan semblait garder son calme dimanche après l'annonce fracassante de sa mise en quarantaine, mais de nombreux habitants expriment leur inquiétude.

"Nous nous retrouvons catapultés dans une situation d'incertitude, d'angoisse", confie ainsi par téléphone à l'AFP Pina Antinucci, une psychanalyste sexagénaire, qui depuis deux semaines déjà organise des séances à distance avec ses patients.

"Nous sommes bombardés d'injonctions angoissantes, ce qui contribue à la paranoïa", estime-t-elle. "Je ne vois personne, tout est maintenu à distance".

Près de la cathédrale gothique de Milan, monument symbole de la capitale lombarde, Luca, 40 ans, exprime ses doutes sur la quarantaine: "si c'était nécessaire, il aurait fallu la mettre en place il y a deux semaines, pas la nuit dernière".

Un élégant retraité de 79 ans, Ambrogio Bellini, est lui aussi sceptique: "Je trouve cette mesure un peu exagérée car ils n'auront pas les moyens de contrôler son application, c'est pratiquement impossible".

La Lombardie, dont Milan est la capitale, est la région italienne la plus touchée avec 3.420 cas et 154 morts, sur un total de 5.883 cas et 233 morts dans la péninsule, pays le plus durement affecté d'Europe.

Milan, siège de la Bourse italienne, compte un peu moins de 1,4 million d'habitants, et dix millions de personnes vivent en Lombardie, poumon économique et industriel de la péninsule. "Ca va être difficile pour l'économie et le tourisme, qui vont être très affectés", déplore aussi M. Bellini.

"Continuer à vivre" 

L'inquiétude est aussi palpable chez Luca, "Je ne suis pas tranquille, mais j'ai plus peur pour mes parents que pour mes enfants, et aussi pour ma grand-mère de 95 ans: on n'ira pas la voir pour la protéger, elle est enfermée chez elle".

La quasi-totalité des décès affecte en effet des personnes âgées déjà atteintes de pathologies. L'âge moyen des personnes décédées en Italie est supérieure à 80 ans.

Devant la grille fermée d'une librairie, Silvana, 75 ans, se dit en revanche "plutôt sereine". "Nous ne sommes pas paniqués, on doit continuer à vivre! Et puis si le virus te prend il te prend!" lance-t-elle, philosophe. Son seul regret: avoir trouvé porte close dans sa librairie préférée, où elle comptait faire quelques acquisitions.

A Milan et dans toute la Lombardie, les musées, salles de sports, piscines, discothèques, salles de jeux et pubs doivent rester fermés. Quant aux bars et restaurants, ils peuvent rester ouverts à condition de respecter la distance de sécurité (un mètre entre deux personnes), sinon ils doivent fermer.

Federica, une trentenaire originaire de Rome, affirme vivre cette situation "avec beaucoup de tranquillité et de sens de responsabilité". "Je travaille de chez moi depuis 15 jours et je vais continuer jusqu'au 3 avril", date théorique de la fin de la quarantaine.

"Ma famille et des amis m'ont conseillée de rentrer à Rome, mais j'ai refusé! Il faut éviter les contagions et ma vie est ici", explique-t-elle dans un grand sourire. "La situation se résoudra d'une manière ou d'une autre", veut-elle croire.