Le plus dur commence pour les 27 de l'UE: trouver un accord sur un plan de relance de plusieurs centaines de milliards d'euros pour sortir l'Europe de la récession après la pandémie.

Rien n'est encore décidé sur ce nouvel instrument qui risque de transformer le sommet de jeudi en guerre de tranchées entre les pays du Nord, inquiets de payer pour les dépenses de ceux du Sud, qui eux réclament une plus grande solidarité.

Montant

Différents chiffres circulent sur son montant, qui sera dans tous les cas de plusieurs centaines de milliards d'euros.

Le président de l'Eurogroupe, le cénacle des ministres des Finances de la zone euro, le Portugais Mario Centeno, est resté évasif, évoquant une fourchette de 700 à 1.500 milliards.

Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a suggéré une somme de l'ordre de 1.000 milliards. Un document du gouvernement espagnol évoque une somme entre 1.000 et 1.500 milliards d'euros.

Côté Commission européenne, le vice-président exécutif chargé de l'Economie, le Letton Valdis Dombrovksis, "peut imaginer une enveloppe" de 1.500 milliards et le commissaire européen au Marché intérieur, le Français Thierry Breton, a parlé de "1.000 milliards d'euros".

Mutualisation des dettes

Ce fonds pourrait être financé par une mutualisation des dettes, via l'émission de "coronabonds".

Après les appels répétés de Rome, le plus chaud partisan des coronabonds, Madrid a lancé l'idée d'une "dette perpétuelle", des titres émis à durée illimitée, c'est-à-dire sans date d'échéance.

Il faudrait payer les intérêts au moyen par exemple de nouvelles ressources européennes comme les taxes écologiques mais pas rembourser le principal.

Selon la proposition espagnole, ce fonds, adossé au budget à long terme de l'UE, bénéficierait du fameux triple A accordé par les agences de notation aux institutions européennes, qui permet d'emprunter à des taux très bas du fait de la confiance des investisseurs.

La France propose elle de lever de la dette commune pour l'avenir et pour une période limitée: par exemple à 5 ans remboursable sur 20 ans.

Émettre des emprunts communs aux 19 pays de la zone euro permettrait à des pays en difficulté, comme l'Italie ou l'Espagne, de bénéficier de taux d'intérêts plus faibles, accordés aux bons élèves de la discipline budgétaire, tels l'Allemagne ou les Pays-Bas.

L'idée serait que la Commission européenne emprunte et finance directement les investissements dans les Etats.

L'argent serait attribué en fonction de l'impact de la crise: un pays plus gravement touché par la pandémie comme l'Italie obtiendrait davantage que les Pays-Bas. Mais les Etats rembourseraient en fonction de ce que représente leur PIB dans l'ensemble du PIB européen.

Budget de l'UE

Pour financer le plan de relance, l'utilisation du prochain budget de l'UE, qui court sur la période 2021-2027, fait aussi débat.

Cette option rassure les pays du Nord car elle fournit un cadre légal mais elle risque de susciter d'autres questions tout aussi compliquées, comme la priorité de ces dépenses d'investissement par rapport à la Politique agricole commune par exemple.

Si Berlin, comme La Haye, est toujours opposé à l'idée des coronabonds, la chancelière Angela Merkel s'est montrée plus ouverte sur le budget pluriannuel de l'UE.

La dirigeante allemande a laissé entendre qu'elle était favorable à une discussion sur un budget d'un montant plus important que ce qui était prévu à l'origine (1% du PIB européen) pour financer le plan de relance.

Elle pourrait aussi envisager l'idée d'emprunts obligataires européens dans le cadre du budget de l'UE.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, comme le président du Conseil européen Charles Michel, sont aussi favorables à une utilisation du budget de l'UE comme principal instrument d'une relance.

Dépenses

Dernière inconnue: le choix des dépenses. La France plaide pour investir dans des industries stratégiques afin de rester dans la course face aux Américains et aux Chinois, déjà soupçonnés de lorgner sur les entreprises européennes fragilisées par le confinement.

Paris évoque aussi des investissements publics dans le secteur de la santé, ainsi que des dépenses de soutien aux secteurs en difficulté, comme l'automobile.