Le coronavirus, un "virus chinois"? Donald Trump a revendiqué mardi haut et fort la formule malgré les protestations indignées de Pékin.

"Il est venu de Chine. Je pense que c'est une formule très exacte", a martelé le président américain depuis la Maison Blanche, qui a précisé, très remonté, qu'il utilisait ce terme en réponse aux insinuations de responsables chinois.

Objet de l'irritation du locataire de la Maison Blanche: un porte-parole de la diplomatie chinoise a évoqué, sans éléments concrets à l'appui, l'hypothèse que l'armée américaine ait pu introduire l'agent pathogène dans son pays.

"Je n'ai pas apprécié le fait que la Chine dise que notre armée leur avait transmis le virus. Notre armée n'a rien transmis à personne!", a-t-il tonné.

Cette guerre des mots a ravivé les tensions diplomatiques entre les deux pays, récurrentes depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump début 2017.

Un tweet de @realDonaldTrump, le compte du président, mentionnant cette formule avait, plusieurs heures plus tôt, suscité la colère de Pékin.

"Nous sommes fortement indignés", a réagi mardi Geng Shuang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, y voyant une "stigmatisation" de son pays.

L'agence de presse officielle Chine nouvelle a elle dénoncé de façon générale l'utilisation d'expressions "racistes et xénophobes pour rejeter la responsabilité de l'épidémie sur d'autres pays".

Sans résultats scientifiques définitifs sur l'origine du virus, qui a été détecté pour la première fois en décembre à Wuhan (centre), Pékin exhorte à ne pas montrer du doigt la Chine.

"Rumeurs abracadabrantes"

Dans un entretien téléphonique, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a fait part lundi à Yang Jiechi, plus haut responsable du Parti communiste chinois (PCC) pour la politique étrangère, "des fortes objections américaines" face aux "efforts" de Pékin pour "faire porter le chapeau aux Etats-Unis pour le Covid-19".

"Le secrétaire d'Etat a souligné que le moment était mal choisi pour semer la désinformation et des rumeurs abracadabrantes", a indiqué le département d'Etat.

Washington avait déjà convoqué vendredi l'ambassadeur de Chine aux Etats-Unis pour protester contre les tweets du porte-parole.

"Propager des théories du complot est dangereux et ridicule", avait alors estimé un responsable américain.

Depuis que l'épidémie a commencé à s'étendre au-delà de la Chine, les deux puissances rivales n'ont cessé de multiplier les piques.

L'administration Trump a oscillé entre dénonciation d'un manque de transparence initial côté chinois, et marques de "confiance" du président américain à son homologue Xi Jinping.

Les mesures du gouvernement américain, qui a rapidement interdit l'entrée aux Etats-Unis des personnes en provenance de Chine, ont en outre provoqué l'ire de Pékin.

Mike Pompeo a ensuite lui-même attisé cet agacement en parlant du "virus de Wuhan" ou du "virus chinois" pour évoquer le nouveau coronavirus, contrairement aux recommandations de l'Organisation mondiale la santé (OMS) qui a forgé l'appellation plus neutre de "Covid-19".

Au moment même où les puissances occidentales tentent de se coordonner dans le cadre du G7, les Etats-Unis soulignent que l'union sacrée mondiale ne met pas fin aux tensions avec le géant asiatique, qu'ils considèrent comme leur premier rival stratégique sur le long terme.

La semaine dernière, Mike Pompeo avait profité de la présentation du rapport annuel du département d'Etat sur les droits de l'Homme pour dénoncer la politique chinoise dans la région du Xinjiang (nord-ouest), où des centaines de milliers de musulmans seraient internés au nom de la lutte antiterroriste.

L'administration Trump est également engagée sur plusieurs autres fronts contre Pékin, de la défense de la démocratie à Hong Kong à la dénonciation de son expansionnisme militaire en mer de Chine méridionale, en passant par les accusations d'espionnage industriel.

Donald Trump a toutefois assuré que l'accord commercial en forme de trêve dans la guerre des droits de douane, conclu après des mois de négociations, ne pâtirait pas des nouvelles tensions liées au coronavirus.