Vladimir Poutine a recommandé mercredi aux Russes de restez chez eux, décrété une semaine chômée et a reporté le vote sur sa réforme constitutionnelle tant voulue, afin de ralentir l'épidémie de coronavirus, sans ordonner à ce stade le confinement de la population.

S'adressant aux Russes dans un discours télévisé, il a aussi annoncé une série de mesures de soutien au pouvoir d'achat et aux entreprises face à la crise économique provoquée par la pandémie.

M. Poutine aussi déclaré la semaine prochaine chômée pour ralentir la propagation d virus, alors que les autorités ont reconnu la veille ne pas avoir une "image claire" de l'avancée de la maladie.

Les hôpitaux, pharmacies, banques, administrations, magasins alimentaires et transports continueront néanmoins à fonctionner.

Demandant aux Russes de faire preuve de "discipline" et de "responsabilité", il les a appelés à "rester à la maison". Sans pour autant l'ordonner, comme c'est le cas pour la majorité des trois milliards de personnes confinées sur la planète.

"Ce qui se passe aujourd'hui dans de nombreux pays occidentaux, tant en Europe qu'à l'étranger, peut devenir notre avenir immédiat", a-t-il mis en garde.

Prévu à l'origine pour le 22 avril, le "vote populaire" sur la réforme constitutionnelle devant donner à Vladimir Poutine la possibilité de se maintenir potentiellement au pouvoir jusqu'en 2036 a été reporté sine die.

"Nous évaluerons comment la situation évoluera (...) puis nous déciderons d'une nouvelle date", a expliqué le président russe.

Cette réforme lancée en janvier et dénoncée par l'opposition doit donner à M. Poutine notamment le droit d'effectuer deux mandats supplémentaires après la fin de l'actuel en 2024.

L'économie sous pression 

Soulignant que l'économie russe se trouve "sous forte pression" en raison de la pandémie, M. Poutine a annoncé une série de mesures sociales et économiques.

Il a notamment décrété le renouvellement automatique de toutes les allocations et prestations sociales pendant six mois, des pauses dans le remboursement des prêts des citoyens et une augmentation de l'allocation de chômage.

Pour les entreprises, il a annoncé un report d'impôt et de crédit pour les PME pendant six mois afin de les "aider à poursuivre un travail durable, ce qui signifie garder leurs employés".

"Notre tâche la plus importante (...) est d'assurer la stabilité du marché du travail et d'éviter une flambée du chômage", a affirmé M. Poutine.

Il a également promis de taxer davantage les circuits d'optimisation fiscale et les transferts de fonds vers des comptes offshore à l'étranger.

L'économie russe a été fortement touchée par la crise mondiale provoquée par la pandémie, en raison en particulier de la chute du prix du brut et par ricochet de celle du rouble.

"Pas d'image claire" 

Le dernier discours de ce type de M. Poutine remonte à l'été 2018 et traitait d'une réforme décriée du système de retraite qui avait mis à mal sa popularité. Celui de mercredi fait suite à une réunion de plusieurs heures la veille avec des responsables de la lutte contre le coronavirus, qui avait été suivie par une visite du président -- en tenue de protection complète -- dans l'hôpital de Komounarka, le principal établissement soignant des malades du Covid-19.

M. Poutine avait jusqu'ici souligné que la situation était "sous-contrôle" en Russie, grâce à des mesures comme la fermeture de la longue frontière avec la Chine.

Le nombre de cas officiellement établis en Russie n'a cependant cessé d'augmenter, même s'il reste encore faible par rapport à la situation en Europe occidentale. De 495 patients répertoriés mardi, la Russie est passée à 658 mercredi.

Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, en charge d'une cellule de crise anti-coronavirus, avait admis mardi ne pas avoir une "image claire" de l'ampleur des contaminations.

Le médecin-chef de l'hôpital de Komounarka Denis Protsenko avait lui indiqué à M. Poutine craindre un "scénario italien" dans la capitale russe, référence à la gravité de la situation en Italie où le coronavirus a fait plus de 6.800 morts.