Jeanne Barseghian, maire (EELV) de la capitale alsacienne, est sortie d'un long silence pour l'annoncer via une "lettre aux Strasbourgeois.es" publiée vendredi par le quotidien régional les Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA).

La maire précise que les "porteurs du projet" de la mosquée Eyyub Sultan, dont la construction, toujours en cours, avait débuté en 2017, ont "retiré le 15 avril leur demande de subvention" municipale, constatant "le besoin de consolider leur plan de financement".

"Je prends acte de ce retrait et la Ville ne versera donc pas en l'état de subvention pour la poursuite de la construction de la mosquée", ajoute Jeanne Barseghian. Celle-ci rappelle qu'elle avait conditionné cette subvention à l'adhésion des porteurs du projet aux "principes républicains" et "à la présentation d'un plan de financement transparent et consolidé".

Bras de fer

L'Etat et la mairie écologiste avaient engagé un bras de fer après le vote le 22 mars par le conseil municipal d'une délibération actant le "principe" d'une subvention de plus de 2,5 millions d'euros pour ce projet porté par la Confédération islamique Millî Görüs (CIMG) Est, une association de la communauté turque.

"Je me réjouis sur le fond que ces deux millions et demi d'euros n'aillent pas financer une association qui promeut l'islam politique", a d'ailleurs réagi vendredi Marlène Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté, sur LCI.

"Quelle lâcheté du début à la fin de la part de la mairie, de la municipalité de Strasbourg", s'est-elle indignée, jugeant que la majorité municipale avait "subi cette histoire du début à la fin".

Pour autant, la ministre, "ne pense pas qu'il faille interdire" Millî Görüs.

Au fil d'une polémique qui n'avait cessé de prendre de l'ampleur, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, avait accusé pour sa part la maire de Strasbourg de financer une "ingérence étrangère", en l'occurrence celle de la Turquie, en France.

"Mon équipe a eu le courage de poser ce débat au conseil municipal plutôt que de régler les choses dans un entre-soi", a répondu Jeanne Barseghian lors d'une conférence de presse vendredi. "J'ai pris mes responsabilités, mais je regrette que les membres du gouvernement s'adressent de cette manière à des élus locaux".

"Graves menaces" 

"J'ai suivi les procédures habituelles (pour le vote de la subvention), mais je regrette la tonalité de ces dernières semaines, avec des réactions très violentes, agressives", a-t-elle poursuivi. "Ces sujets sont complexes, posons les de manière apaisée, pas dans les insultes et les menaces".

Mme Barsegian a également noté que "le contexte d'échéance électorale n'a pas aidé à apaiser les esprits", et a une nouvelle fois affirmé n'avoir jamais reçu la moindre alerte des services de l'Etat sur Millî Görüs.

La maire écologiste a aussi souligné avoir été avec son équipe la cible de "graves menaces" qui l'ont conduite "à demander la protection fonctionnelle de la collectivité".

La hache de guerre semble loin d'être enterrée entre la mairie strasbourgeoise et l'Etat: la préfète du Bas-Rhin Josiane Chevalier, qui avait saisi début avril le tribunal administratif de la "délibération litigieuse" du conseil municipal sur la subvention pour demander son annulation, a prévenu vendredi que l'Etat maintenait cette demande.

L'Etat "attend de la maire une réponse précise sur ce retrait", a insisté Josiane Chevalier auprès de l'AFP

L'opposition municipale a quant à elle pris acte du retrait de la demande de subvention de Millî Görüs, mais regrette que "jusqu'au bout, (la maire) aura persisté dans son entêtement et son obstination, créant à Strasbourg un climat de tension délétère et abîmant l'image de notre ville", selon Jean-Philippe Vetter, dont le parti (LR) avait également déposé un recours devant le tribunal administratif pour demander l'annulation de la décision du conseil municipal.

Le groupe Strasbourg ensemble (LREM, Modem, Agir) constate lui "un aveu d'échec face aux enjeux fondamentaux de notre ville".

Cette polémique se double d'une seconde à Strasbourg: lors du même Conseil municipal du 22 mars, celui-ci avait refusé d'adopter la définition de l'antisémitisme proposée par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste, soulevant colère et incompréhension au sein de la communauté juive.