Europe

Des élections de mars 2018 à l'éclatement de la coalition au pouvoir depuis 14 mois, voici les principales étapes de la crise politique en Italie:

Les législatives du 4 mars 2018 

Les législatives modifient en profondeur l'ordre politique italien en place depuis 50 ans.

Une coalition de droite obtient 37% des voix, et en son sein la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) devance, avec 18% des voix, Forza Italia de Silvio Berlusconi (14%). Mais son score reste insuffisant pour former un gouvernement.

De son côté, le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) devient le premier parti du pays avec 32% des voix, un résultat là aussi insuffisant pour gouverner seul.

M. Salvini, qui a transformé son parti sécessionniste en formation souverainiste, eurosceptique et anti-immigration, revendique de diriger le futur gouvernement mais exclut toute "majorité étrange" avec le M5S.

Luigi Di Maio, chef de file du mouvement antisystème fondé en 2009 par l'humoriste contestataire Beppe Grillo, entend lui aussi devenir Premier ministre et se dit prêt à discuter avec "toutes les forces politiques".

Coalition 5 étoiles-Ligue 

Les premiers scénarios pour former une coalition échouent tous.

Le 10 mai, Silvio Berlusconi déverrouille la situation en laissant la Ligue discuter seule d'une alliance avec le M5S.

La synthèse n'est pas simple, mais le 18 mai, les deux partis présentent la version définitive de leur contrat, anti-austérité et très à droite sur des thèmes comme l'immigration et la sécurité. Ils renoncent à sortir de l'euro.

Difficile formation du gouvernement 

Le 21 mai, le M5S et la Ligue, incapables d'accepter que le chef de l'un des deux camps dirige le gouvernement, soumettent pour le poste le nom de Giuseppe Conte, avocat et professeur de droit. Le président Mattarella hésite 48 heures avant de nommer ce novice en politique.

Le 27 mai, M. Conte présente ses propositions pour la composition du gouvernement mais le président met son veto sur Paolo Savona, eurosceptique et germanophobe de 81 ans, exigé par la Ligue pour le ministère de l'Economie. Giuseppe Conte jette l'éponge.

Le 28 mai, M. Mattarella charge Carlo Cottarelli, un économiste ancien fonctionnaire du FMI, dont les idées sont aux antipodes de celles de la Ligue et du M5S, de former un gouvernement en vue d'élections début 2019 ou dès l'automne.

L'initiative présidentielle met en fureur M5S et Ligue.

Mais le 31 mai, un compromis intervient: M. Cottarelli s'efface, M. Conte est de nouveau nommé Premier ministre, et M. Savona se voit confier les Affaires européennes. MM. Di Maio et Salvini deviennent vice-Premiers ministres, respectivement chargés du Développement économique et de l'Intérieur.

Multiples conflits 

Le 1er juin 2018, le gouvernement d'alliance prête serment à Rome. Dès les premiers mois, Matteo Salvini s'affirme en vrai patron.

De multiples conflits au sein de la majorité (sur la réforme de la justice ou sur le tour de vis sécuritaire et anti-migrants par exemple) alimentent des doutes sur la longévité du gouvernement.

En mars 2019, Matteo Salvini et Luigi Di Maio sont à couteaux tirés sur le projet de liaison ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin. La Ligue est très favorable au projet, au contraire du M5S qui y voit un formidable gaspillage d'argent public.

Les tensions sont alimentées par le départ d'un secrétaire d'Etat de la Ligue, soupçonné de corruption.

Elections européennes 

Aux élections européennes de mai, Matteo Salvini renforce son emprise sur le gouvernement populiste: la Ligue dépasse les 34% tandis que le Mouvement 5 étoiles tombe à 17%.

Le 3 juin, Giuseppe Conte adresse un ultimatum aux partis de la majorité, menaçant de démissionner si leurs incessantes polémiques ne prennent pas fin.

La coalition éclate 

Lors d'un vote parlementaire le 7 août, le Mouvement 5 Etoiles vote contre le projet Lyon-Turin. L'opposition de droite et de gauche appelle à une démission du chef du gouvernement, estimant qu'il n'y a "plus de majorité" au Parlement.

Le 8 août, Matteo Salvini réclame des élections anticipées, faisant éclater la coalition. Les médias italiens évoquent la date du 20 août pour le vote d'une motion de censure qui ferait tomber le gouvernement.