L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) et le syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) ont adressé un courrier commun au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour dénoncer "une forme de pression inacceptable et intolérable" sur les magistrats instructeurs.

"Les attaques très fortes portées contre le Parquet National Financier depuis l'été 2020, visant à le décrédibiliser (...)constituent aujourd'hui un marchepied pour porter une atteinte similaire à l'indépendance des juges d'instruction spécialisés en matière économique et financière", affirment les syndicats dans leur courrier.

"Nicolas Sarkozy, mis en examen et prévenu dans plusieurs procédures judiciaires, a choisi d'organiser sa défense en portant une offensive médiatique contre les juges d'instruction, qu'il accuse d'avoir mené leurs missions en dehors de toute légalité", s'offusquent l'USM et le SM.

"Bien plus grave encore, poursuivent les syndicats, est la reprise de cet argumentaire insultant (...) par deux personnalités politiques qui ne sont pas parties à la procédure et qui réitèrent les attaques contre la Justice précédemment proférées : le président du Sénat Gérard Larcher, deuxième personnage de l'État, et le président du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale, Christian Jacob".

Ces attaques "érodent encore un peu plus la confiance des citoyens dans la Justice", estiment les syndicats.

Dans un rare communiqué, le CSM, organe indépendant chargé de veiller à l'indépendance de l'autorité judiciaire, a rappelé que "l'indépendance juridictionnelle des juges est une condition essentielle de l'Etat de droit".

"Les mises en cause récentes de certains juges d'instruction portent gravement atteinte à cette indépendance. Les magistrats instructeurs, dont les décisions sont soumises au contrôle des juridictions supérieures, doivent pouvoir mener leurs missions en toute sérénité, sans crainte des pressions qui pourraient être exercées à leur encontre", a insisté le CSM.

Après le retrait surprise d'accusations sur un présumé financement libyen de sa campagne 2007 de la part de Ziad Takieddine, sulfureux intermédiaire et l'un des principaux témoins à charge contre l'ex-président, Nicolas Sarkozy avait fait part de sa "colère" d'avoir été "trainé dans la boue".

"Ce dossier n'est truffé que de faux", a affirmé sur BFMTV, M. Sarkozy, mis en examen le 12 octobre pour "association de malfaiteurs" dans cette affaire.

"Je ne suis pas un pourri, et ce qui m'est infligé est un scandale qui finira dans les annales", a encore dit l'ancien président, qui sera jugé à partir du 23 novembre dans une autre affaire, celle des "écoutes".

Selon le procureur national financier, les charges contre M. Sarkozy "ne se limitent pas aux déclarations" de M. Takieddine et s'appuient "sur des indices graves ou concordants".