Le défilé parisien du 1er-mai a été émaillé samedi d'échauffourées entre manifestants et forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogène et de grenades de désencerclement et procédé à des interpellations, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Une heure après le départ de la place de la République, des premières tensions ont éclaté en marge du cortège réunissant plusieurs milliers de personnes à l'appel de la CGT, de FO et de Solidaires.

Les forces de l'ordre ont notamment dû intervenir à plusieurs reprises pour tenter d'empêcher la constitution d'un "black bloc" en avant du cortège syndical, selon une source policière.

La vitrine d'une succursale de la Société générale, située boulevard Voltaire, dans le XIe arrondissement de la capitale, a été dégradée. Les vitres d'un abribus situé à proximité ont également été détruites.

Des projectiles ont été lancés en direction des forces de l'ordre, qui ont répliqué avec du gaz lacrymogène ou avec des grenades de désencerclement.

Un policier, manifestement blessé, a été évacué par les pompiers, a constaté une journaliste de l'AFPTV.

A l'arrivée du cortège place de la Nation vers 18h00, des affrontements se sont produits entre militants syndicalistes et certains manifestants. Des membres de la centrale ont été pris à partie par des manifestants scandant "CGT collabos", "social traîtres", a constaté un journaliste de l'AFP.


Les forces de l'ordre sont également intervenues avec un canon à eau pour disperser des manifestants.

A 17h00, 34 personnes avaient été interpellées à Paris, a indiqué le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, exprimant sur son compte Twitter son soutien aux "forces de l'ordre blessées".

"Envie de venir deux fois"

A Lyon, où 3.000 personnes ont manifesté sous la pluie, selon la préfecture, un bref affrontement a éclaté entre un petit groupe de "black blocs" et des policiers. La préfecture a fait état de cinq interpellations et la manifestation s'est achevée dans le calme.

"Il y a tant de motifs de révolte qui s'accumulent, avec la gestion du Covid, les soi-disant réformes qui vont enlever les possibilités de vivre des gens, des chômeurs qui vont perdre leurs allocations. Il faut absolument s'exprimer", a plaidé Patricia, retraitée de 66 ans, coiffée d'un casque à cornes portant l'inscription "gauloise réfractaire".

A Marseille, sous une météo là aussi peu clémente, ils étaient environ 3.500 manifestants, selon la préfecture, tandis qu'à Rennes, ils étaient 2.000, selon FO, et quelques milliers à Lille.

A Nantes, la manifestation réunissait 3.750 personnes, selon la préfecture, qui a fait état de "quelques heurts" momentanés liés à la présence d'"une centaine de personnes de l'ultra gauche".

Plus d'un millier de personnes ont aussi défilé à Toulouse sous une pluie fine, avec une importante délégation de "gilets jaunes", tandis qu'ils étaient entre 1.600 (police) et 4.500 (syndicats) à Bordeaux.

A Strasbourg, entre 1.300 personnes (police) et 5.000 personnes (syndicats) ont encore défilé dans une ambiance bon enfant. Parmi les pancartes: "retrait de la réforme chômage" ou "ma retraite sera aussi pourrie que ma pancarte".

Dans le cortège, Clarisse Daull, retraitée de l'édition, a rapporté avoir eu envie "de venir deux fois", ayant "beaucoup souffert de ne pas défiler l'an dernier". "Depuis un an, il n'y a qu'un seul sujet, c'est le Covid" alors que "les travailleurs continuent à souffrir", a-t-elle déploré.

A Paris, la manifestation s'est élancée peu après 14H00 de la place de la République vers celle de la Nation, à l'appel des syndicats et des mouvements de jeunesse Unef et UNL. Les numéros un de la CGT et de FO défilaient côte à côte pour la première fois depuis 2016.

La préfecture, qui avait prévu un "dispositif adapté" pour parer l'éventuelle "présence d'éléments radicaux" a fait état en début d'après-midi de 17 interpellations.

En 2019, Philippe Martinez avait dû quitter le carré de tête, pris dans des affrontements entre la police et des "black blocs".

"Pas l'alpha et l'oméga"

A un an de la présidentielle, plusieurs responsables politiques de gauche ont pris part aux cortèges, tels Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Fabien Roussel (PCF) à Lille, ce dernier affirmant qu'"on commence à exploser de colère".

A l'heure des 150 ans de la Commune de Paris, FO avait lancé la journée à Paris avec un hommage aux combattants de la Commune, devant le mur des Fédérés du Père-Lachaise.

Son numéro un, Yves Veyrier, a affirmé que son syndicat n'entendait pas "baisser la garde", malgré le contexte de pandémie, jugeant important d'afficher l'attachement "aux libertés syndicales dont celle de manifester".

Mettant en avant le risque sanitaire, la CFDT avait opté de son côté pour un rassemblement virtuel sur Facebook avec des militants. Son numéro un Laurent Berger a affirmé assumer ce choix samedi sur France info, notant que le 1er-Mai "ce n'est pas non plus l'alpha et l'oméga de la mobilisation syndicale".