Les syndicats avaient décidé d'organiser ce rassemblement deux semaines après le meurtre d'Éric Masson, un brigadier tué sur un point de deal à Avignon (Sud). Un drame qui a ébranlé la police, déjà marquée par l'assassinat le 23 avril de Stéphanie Monfermé, agente administrative au commissariat de Rambouillet, en région parisienne, par un Tunisien qui se serait radicalisé.

Selon les organisateurs, plus de 35.000 personnes avaient répondu à l'appel des syndicats de policiers.

Très critiquée par l'opposition, la venue du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui s'est frayé difficilement un chemin dans la foule, s'est déroulée sans heurts, aux sons des klaxons et des sifflets, accessoires habituels des policiers en manifestation.

"Il faut nous aider!", l'ont interpellé plusieurs manifestants. "Tous les soirs, quand je me couche, je pense à vous", a répondu le ministre à un policier qui lui disait ne pas savoir, quand il part au travail, "comment" il "va rentrer".

"Je suis policier, je suis derrière tous les collègues qui tous les jours risquent leur vie. Ce n'est pas facile, il faut qu'on ait plus d'effectifs, pour intervenir en sécurité. Et que les peines soient exécutées", a témoigné auprès de l'AFP Mickael, un policier venu du nord-ouest de la France.

Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, absent du rassemblement, était la cible des manifestants et des syndicats, qui réclament une réponse pénale plus forte, et notamment que des peines minimales soient infligées aux agresseurs de policiers.

"Moi je ne suis pas un idéologue ni un dogmatique. Si je pensais que les peines planchers étaient susceptibles de faire baisser la délinquance, j'irais des deux mains et des deux pieds", déclare le ministre. Mais "nous les avons expérimentées, grâce ou à cause de vous" la droite, et "elles n'ont pas marché".

"En tant que citoyen, j'aurais pu me retrouver dans cette manifestation pour apporter mon soutien aux services de police", a ajouté Eric Dupond-Moretti.

"Ce qui me semble en revanche dangereux pour notre démocratie, c'est que l'on oppose en permanence et à des fins électoralistes, et avec un certain cynisme, la justice et la police. Policiers et magistrats sont dans la même barque", a-t-il insisté, comme mardi au coup d'envoi des échanges sur son projet de loi.

A la tribune, sur laquelle était tendue une banderole noire "Payés pour servir, pas pour mourir", le secrétaire général du syndicat Alliance, Fabien Vanhemelryck, a fait siffler "ce ministre qui déclare je suis le ministre des prisonniers (et de l'administration pénitentaire, ndlr").

"Le problème de la police, c'est la justice!", a tonné le syndicaliste, sous les applaudissements. Plusieurs témoignages de policiers blessés ou de leurs proches ont été prononcés ou diffusés sur l'estrade.

Les syndicats réunis - fait assez rare- en intersyndicale avaient souhaité une mobilisation "sans récupération politique" alors que la sécurité s'est imposée comme l'un des principaux thèmes de campagne des élections régionales dans un mois, et de la présidentielle dans un an.

Cependant, du Rassemblement national (extrême droite) au Parti communiste, en passant par le Parti socialiste et les écologistes, des élus de tous bords se sont joints au rassemblement.

"Le nouvel horizon que dessinent nos ministres et élus en participant à cette manifestation et en s'associant ainsi aux revendications policières, est celui d'une société dans laquelle la police devient une puissance autonome au lieu d'être une force publique au service des citoyens", s'est insurgé dans un communiqué le syndicat de la magistrature (classé à gauche).

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Depuis le drame d'Avignon, le gouvernement a déjà donné des gages aux syndicats, reçus le 10 mai par le Premier ministre Jean Castex.

Ce dernier s'est notamment engagé à étendre à trente ans la période de sûreté pour les personnes condamnées à perpétuité pour un crime contre un policier ou un gendarme.

Le gouvernement a déposé mercredi un amendement en ce sens dans le cadre de l'examen du projet de loi pour la "confiance" dans la justice porté par le ministre de la Justice. Il devrait être voté dans la semaine.

Jean Castex s'est également dit favorable à une limitation plus stricte des possibilités de réduction des peines pour ceux qui s'attaquent aux forces de l'ordre.

Mais les syndicats déplorent que leur "revendication la plus importante", "la mise en oeuvre de peines minimales" (aussi appelées peines planchers) pour "les agresseurs des forces de l'ordre", n'ait pas été "prise en compte".

Le monde politique n'a pas tardé à réagir en marge de cette manifestation. Le candidat insoumis à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon a ainsi qualifié ce rassemblement de "manifestation à caractère ostensiblement factieux". Elle l'est "en ce sens qu'elle s'en prend non pas aux causes pour lesquelles ces malheureux ont été assassinés mais aux institutions comme l'institution judiciaire", a estimé le chef des députés LFI lors d'une conférence de presse.

Marine Le Pen, exprimant son "soutien" aux policiers, a elle demandé plus de fermeté à l'encontre des agresseurs des forces de l'ordre, pour "qu'on ne puisse plus toucher à un policier sans que les conséquences pénales soient extrêmement dures".

"Le message qui doit être lancé aux délinquants et aux criminels c'est : si vous touchez à un policier, vous risquez de rester de longues années en prison", a déclaré la présidente du Rassemblement National à des journalistes devant l'Hôtel de police de Bordeaux, avant un déplacement électoral en Gironde. "Je suis navrée de dire à ceux qui nous gouvernent, que la fermeté dans ce domaine, ça marche!"

Présent à Paris, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a lui dit être "simplement venu soutenir les policiers". Ils vivent un moment difficile, ils sont endeuillés et il n'y a rien de plus normal que de soutenir les policiers dans une république."