"Le cofondateur de TUT.BY Kirill Volochine annonce que le domaine du portail a été bloqué", a indiqué la chaîne Telegram du média en ligne. Le site était en effet inaccessible depuis le Bélarus mais aussi depuis la Russie, selon des journalistes de l'AFP.

Plus tôt, sa rédactrice en chef, Marina Zolotova avait fait état de perquisitions dans la rédaction, chez elle et aux domiciles de journalistes par "des agents du département des enquêtes financières (DFR) du Comité de contrôle étatique".

Le DFR, un puissant organe d'investigations qui a ciblé l'opposition par le passé, a confirmé mener ces raids à TUT.BY et dans les bureaux de Hoster.by, un fournisseur de solutions en ligne pour l'hébergement de sites internet.

Les autorités bélarusses ont indiqué dans un communiqué que la direction de TUT.BY était visée par une procédure pénale pour "fraude fiscale".

Le président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, a été confronté à un vaste mouvement de contestation contre sa réélection jugée frauduleuse en août 2020.

Il a orchestré au cours des derniers mois une campagne de répression contre l'opposition et les médias indépendants du pays.

Le mouvement contre sa réélection avait rassemblé durant l'été et l'automne 2020 des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Minsk et d'autres villes, une mobilisation énorme pour un pays d'à peine 9,5 millions d'habitants.

Mais il s'est essoufflé progressivement à coups d'arrestations massives, de violences ayant fait au moins quatre morts et de lourdes peines de prison qui continuent de tomber.

TUT.BY est la principal média indépendant du pays et il avait largement couvert en texte et en image la contestation, mais aussi la répression qui a suivi. Le site revendique jusqu'à 20 millions de visiteurs quotidiens uniques.

Plusieurs de ses reporters ont été condamnés à de courtes de peines de prison pour avoir participé à des manifestations illégales, alors qu'ils les couvraient. Dernier cas en date, Lioubov Kasperovitch, condamnée lundi à 15 jours de détention.

D'autres médias ont également été visé par les autorités.

 La prison ou l'exil 

La semaine dernière encore, deux journalistes qui voulaient couvrir le procès d'un opposant ont été arrêtés et ont subi des mauvais traitements en détention, selon l'Association bélarusse des journalistes.

En février, Daria Tchoultsova et Katerina Bakhvalova, de la chaîne d'opposition Belsat, basée en Pologne, ont été condamnées à deux ans de prison, accusées d'avoir fomenté des troubles en couvrant le mouvement de contestation de 2020.

La plupart des journalistes travaillant pour les médias étrangers se sont eux vu retirer leurs accréditations, les privant de facto de travailler légalement.

Les autorités bélarusses ont interdit la diffusion dans le pays de la chaîne télévisée européenne Euronews, une mesure de censure selon des voix critiques du régime.

L'opposition conteste la réélection de M. Loukachenko, l'accusant de fraudes électorales mais aussi de dérive dictatoriale et clientéliste.

Surpris par l'ampleur de la contestation dans un premier temps, son pouvoir a cependant répliqué rapidement avec une très grande fermeté, arrêtant des milliers de personnes en dénonçant un complot ourdi en Occident.

Des mois après les derniers grands rassemblements, de lourdes peines de prison continuent de tomber pour ses détracteurs.

La quasi-totalité des figures de la contestation ont été emprisonnées ou contraintes à l'exil, à l'instar de l'ex-candidate à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie.

Cette répression a valu au Bélarus une batterie de sanctions occidentales qui l'ont conduit à se rapprocher encore davantage du président russe Vladimir Poutine.

Les deux pays, de proches alliés, entretiennent des relations compliquées depuis des années, Minsk suspectant Moscou de vouloir le vassaliser.

En avril, la Russie et le Bélarus ont en outre accusé des opposants d'avoir planifié un coup d'Etat qui visait à assassiner Alexandre Loukachenko. Les deux pays ont sous-entendu que des puissances occidentales ont pu être complices.