"Si vous demandez dans la rue comment on appelle un président de cour d’assises, vous avez plein de gens qui vont vous dire ‘votre honneur’", comme dans les séries télé américaines, assurait Eric Dupond-Moretti début mars. Le ministre français veut donc faire œuvre de "pédagogie", prendre les Français "par la main" pour les conduire dans les salles d’audiences, "leur montrer comment ça marche".

C’est le sens du premier article de son projet de loi "pour la confiance dans l’institution judiciaire", présenté en Conseil des ministres ce mercredi, qui modifie la loi sur la presse. Les captations sonores et audiovisuelles, aujourd’hui strictement interdites à l’ouverture de l’audience, pourraient être autorisées "pour un motif d’intérêt public en vue de sa diffusion".

"Une bonne idée", reconnaît le Syndicat de la magistrature. "On entend complètement cette critique adressée à l’autorité judiciaire" : la matière "complexe", le vocabulaire "inaudible", dit Sarah Massoud, secrétaire nationale. "Mais on est dubitatifs sur la manière dont ça va être décliné", le dispositif aurait "mérité une expérimentation".

La piste pour l’instant privilégiée serait celle d’un programme hebdomadaire : une audience, accompagnée d’un décryptage de magistrat et d’avocat. Il sera "évidemment" diffusé sur le service public, avait d’abord dit Dupond-Moretti. Mais si France Télévisions a confirmé travailler sur le sujet, des discussions sont également en cours avec d’autres chaînes intéressées, selon une source proche du dossier.

"Je veux tout sauf du trash", promet Dupond-Moretti à ceux, nombreux, qui craignent une "justice spectacle".

Les audiences non publiques ne pourront être filmées qu’avec l’accord des parties. En audience publique par contre, les personnes jugées n’auront pas le droit de s’opposer au tournage, mais pourront demander à ne pas être reconnues. La diffusion ne sera possible qu’une fois l’affaire définitivement jugée, et pendant cinq ans maximum.

Des garanties insuffisantes en termes de "respect de la vie privée", juge le président du Conseil national des barreaux Jérôme Gavaudan, qui dit les avocats "réservés".

"Les instants d’audience les plus forts, les plus constructifs, ceux qui à un moment donné font basculer un procès" exigent "une sérénité absolue", martèle de son côté Me Marie Dosé, grande habituée des assises.

En France, les caméras entrent déjà exceptionnellement dans les salles d’audiences, pour des reportages, et pour la "constitution d’archives historiques". Comme une dizaine d’autres grands procès, celui des attentats de janvier 2015 à l’automne a été intégralement filmé - mais pas diffusé.