La tour de Galata (photo), un monument emblématique d’Istanbul construit au XIVe siècle, est le dernier édifice dont la rénovation a fait l’objet d’une telle controverse. La démolition de l’un de ses murs au marteau-piqueur en août a été interrompue de justesse après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo de cette scène qui a suscité l’indignation.

Le ministre de la Culture Nuri Ersoy avait alors tenté d’éteindre la polémique en assurant que les travaux au marteau-piqueur avaient été menés sur des murs "ne faisant pas partie de la construction originale", tout en promettant des sanctions contre les responsables du chantier.

Des mosaïques romaines endommagées par une restauration bâclée, du béton coulé au milieu d’un amphithéâtre antique, des citadelles historiques qui paraissent désormais flambant neuves : la liste des monuments mal rénovés s’est allongée ces dernières années. Pour Osman Köker, fondateur de la galerie Birzamanlar, "une grossièreté" envers des édifices anciens, tendant à effacer les traces des minorités non musulmanes, a toujours existé en Turquie.

Pourtant, le tableau fut autrement plus reluisant au début des années 2000, à l’aube du pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre. "Dans le cadre des efforts pour l’adhésion à l’Union européenne, la restauration des monuments à haute valeur symbolique était alors privilégiée", explique M. Köker. Ainsi, en 2011, la restauration réussie de l’église arménienne d’Ahtamar, dans l’est de la Turquie, avait reçu de nombreux éloges.

Mais l’éloignement d’Ankara de l’UE ces dernières années et le durcissement du pouvoir islamo-conservateur de M. Erdogan ont changé la donne, selon Korhan Gumus, architecte spécialisé en protection du patrimoine. "Les appels d’offres de rénovation ne sont désormais attribués par le gouvernement qu’à des groupes privilégiés qui voient les projets comme un moyen de générer des profits", déplore-t-il. Il impute ces dérives à "un système qui gère les rénovations uniquement par le biais des appels d’offres, sans réflexion préalable sur l’histoire ou l’environnement". "On se contente d’une restitution de l’original, ce qui donne des résultats caricaturaux. Or, les monuments comportent souvent des parties ajoutées au cours des siècles par différentes civilisations qu’il faudrait conserver", ajoute-il.

Sollicité par l’AFP, le ministère de la Culture n’a pas réagi à ces critiques.