Le chef du Parti populaire européen (PPL) et ex-président du Conseil européen Donald Tusk a dénoncé les comportements "nationalistes" des Etats membres de l'UE dans la lutte contre le coronavirus, prônant davantage de coopération dans une interview publiée samedi en Pologne.

L'ancien Premier ministre polonais a commenté dans le journal Gazeta Wyborcza les opinions formulées de part et d'autre sur la faiblesse de la réponse européenne face à l'épidémie.

Mercredi, en esquissant son programme de soutien à l'économie polonaise, le Premier ministre conservateur Mateusz Morawiecki avait reproché à l'UE de ne pas ouvrir de nouveaux fonds d'aide et de ne "pas réagir aussi vite que les Etats nationaux, que la Pologne".

"Il faut faire la différence entre les faits et une propagande anti-UE. Il y a des années, ce sont les Etats membres qui ont décidé de laisser les questions de la santé dans la compétence des gouvernements nationaux", a souligné M. Tusk, confiné à Bruxelles.

Selon lui, il ne s'agit ni de faiblesse de l'UE, ni d'un manque de moyens, mais de "la réticence des pays membres à mettre en place une stratégie, des procédures et des normes communes", alors que "les solutions nationales étatiques ne fonctionneront pas à long terme (car) le virus est cosmopolite".

"Nous avons besoin de l'Union européenne comme jamais auparavant, une UE plus unie, pourvue de davantage d'instruments et de pouvoir", a-t-il insisté, tout en prônant la sauvegarde des valeurs démocratiques au moment où se dessine à l'horizon "une crise sociale".

Cette crise "risque de frapper l'essence même de l'Occident, la liberté et l'indépendance de l'individu, mais aussi les valeurs de l'UE: solidarité, ouverture, tolérance, marché libre".

Il a rappelé que le prochain sommet du Conseil européen devra décider des finances de l'UE pour les temps de la pandémie.

"L'Europe sera prête à de grands compromis mais cela demande une pleine harmonie et l'abandon de la pensée nationaliste", a-t-il estimé.

Par ailleurs, M. Tusk a critiqué l'obstination du parti conservateur nationaliste au pouvoir en Pologne à maintenir le premier tour de l'élection présidentielle le 10 mai prochain.

"Au mois de mai, nous allons vivre la situation de pandémie. Seul un fou ou un criminel pourrait proposer aux gens d'aller alors dans les bureaux de vote", a estimé M. Tusk.