Si le nombre des décès a augmenté en général de 9% l'an dernier par rapport à 2019 en France, avec 669.000 morts, celui des personnes étrangères a bondi de 17%, précise l'Institut national de la statistique.

"Pendant la première vague de la pandémie, la hausse des décès des personnes nées à l'étranger a ainsi été 2,1 fois plus forte en moyenne que celle des personnes nées en France", écrit-il, fournissant un aperçu inédit de l'impact de la crise sanitaire sur cette population.

Dans le détail, la surmortalité a surtout frappé les personnes originaires d'Afrique, avec une hausse de 21% chez celles nées au Maghreb (40.100 décès) et 36% chez celles nées dans un autre pays d'Afrique (7.400).

Les patients originaires d'Asie ont aussi connu une forte surmortalité, avec un bond de 29% des décès (6.300), alors que ceux originaires d'Europe, d'Amérique ou d'Océanie ont enregistré une hausse de leur mortalité "proche de celle observée pour les personnes nées en France".

Si l'Insee affirme que son étude "ne permet pas d'expliquer la différence de surmortalité" entre ces deux populations, elle relève toutefois que l'écart s'est surtout creusé aux mois de mars et avril 2020, lorsque la situation épidémique a conduit au premier confinement.

Hécatombe en Île-de-France 

Sur ces deux mois, "toutes causes confondues, les décès de personnes nées à l'étranger ont augmenté de 49%" par rapport à la même période de 2019, contre 23% chez celles nées en France.

En particulier, les données de l'Insee révèlent qu'à cette période, la surmortalité a culminé à 55% chez les Maghrébins, 117% chez le reste des Africains et 92% chez les Asiatiques.

Le ratio de la surmortalité des étrangers "est plus modéré pour la deuxième vague (1,7 contre 2,1), même s'il demeure élevé", écrit encore l'organe de statistique.

Ces données factuelles viennent conforter l'idée, appuyées par certaines enquêtes publiées ces derniers mois par des associations, que les migrants les plus précaires ont connu une surexposition au virus.

Ainsi, une étude menée par Médecins sans frontières (MSF) à l'été 2020, publiée en octobre, mettait en évidence une prévalence "énorme" chez ces personnes.

Selon MSF, le taux de positivité au Covid-19 atteignait 50% dans les centres d'hébergement et 89% dans les foyers de travailleurs migrants en Île-de-France, essentiellement peuplés par des ressortissants africains.

L'étude de l'Insee, elle aussi, met en évidence que "la hausse des décès a été particulièrement forte en Île-de-France", avec une augmentation de 93% des décès en mars-avril 2020, comparé à la même période de l'année précédente.

"L'Île-de-France concentre 42% de l'excès des décès durant la première vague et même 67% s'agissant des personnes nées en Afrique ou en Asie", rapporte ainsi l'Institut.

Qui explique : "Ces dernières résident beaucoup plus souvent que la moyenne en Île-de-France", où se concentrent 32% des personnes nées au Maghreb et 49% des personnes nées dans le reste de l'Afrique, contre 16% seulement de celles nées en France.