Le Premier ministre français s'est exprimé sur les "grandes règles" qui devraient conduire au déconfinement, prévu le 11 mai, ce dimanche à 17h30 à Matignon, accompagné du ministre de la Santé, Olivier Véran.

"La crise sanitaire n'est pas terminée", a prévenu Edouard Philippe lors d'une conférence de presse à Matignon, bien que "la situation s'améliore progressivement, lentement mais sûrement". Le Premier ministre a d'abord adressé ses pensées aux familles des victimes, et aux "30.000 français encore hospitalisés". Il a également remercié le personnel soignant "toujours soumis à une pression considérable".

Le Premier ministre a également rappelé que la crise économique serait "brutale" et "ne fait que commencer". "La production s'est presque arrêtée, la consommation aussi", a-t-il relevé, estimant que "jamais dans l'histoire du monde un tel arrêt aussi massif, aussi général, n'a été vécu". M. Philippe a assuré qu'il présenterait "dans les jours qui viennent" le plan détaillé de déconfinement qui est "en train d'être travaillé" par le gouvernement, sous l'égide de Jean Castex.

Mais il faudra avoir "toujours à l'idée que notre vie à partir du 11 mai ce ne sera pas exactement la vie d'avant le confinement. Pas tout de suite et probablement pas avant longtemps", a-t-il souligné, ajoutant que les Français devront "apprendre progressivement à organiser notre vie collective avec ce virus".


Près de 200.000 morts en France

Le Pr Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, a ensuite fait le point sur la situation au 19 avril. "Nous observons une lente décrue" des cas de coronavirus, a-t-il déclaré.

L'épidémie a fait au moins 19.718 morts en France depuis début mars, soit 395 de plus en 24 heures, mais le nombre de patients hospitalisés et en réanimation poursuit sa lente décrue, a indiqué le Professeur. Un total de 12.069 décès a été enregistré dans les hôpitaux (+227) et 7.648 (+168) dans les maisons de retraite médicalisées (Ehpad) et autres établissements médico-sociaux, a précisé M. Salomon lors de la conférence de presse à Matignon en compagnie du Premier ministre.

Le nombre de patients hospitalisés pour une infection au Covid-19 s'élevait dimanche à 30.610, avec un solde en légère baisse de 29. Parmi ceux-ci, 5.744 patients dans un état grave étaient hospitalisés en réanimation, soit 89 de moins par rapport à vendredi. Il s'agit du onzième jour consécutif de baisse nette du nombre de patients en réanimation et du 5e jour de baisse consécutif des hospitalisés.

Masques, réouvertures d'écoles et des commerces, tests...

"Il est probable, s'agissant des transports publics, qu'il soit obligatoire pour les utiliser de porter un masque grand public" après le 11 mai face à l'épidémie du coronavirus, a indiqué dimanche le Premier ministre, Édouard Philippe en évoquant les premiers axes du déconfinement. "Dès lors que nous allons procéder progressivement à des confinements, nos concitoyens vont se retrouver dans des configurations où la densité va être évidemment beaucoup plus grande (dans les transports publics), il faut donc que nous étudions les gestes barrières et la distanciation qui est susceptible d'être mise en oeuvre", a-t-il poursuivi lors d'un point de situation sur l'épidémie.

Edouard Philippe affirmé que la France avait "doublé sa capacité de production nationale", passant d'une production nationale de 4 millions de masques avant la crise à une production de 8 millions de masques. Le ministre de la Santé et des Solidarité, Olivier Véran a précisé qu'une production de 17 millions de masques en tissus, à destination du grand public, étaient prévue par semaine.

Concernant les écoles, elles ne réouvriront pas toutes le 11 mai a souligné le ¨Premier ministre. La réouverture s'effectuera par "territoire" ou "par moitié de classe". Du côté du travail, Edouard Philippe a appelé à la poursuite du télétravail après le 11 ami "dans toute la mesure du possible". Dans les activités où ce n'est pas possible, les gestes barrière et la distanciation sociale devront être respectés.

Les commerces actuellement fermés en raison de la crise sanitaire ne pourront rouvrir à partir du 11 mai que s'ils font respecter les "gestes barrières" et prennent des mesures de "distanciation sociale", a déclaré Edouard Philippe dimanche lors d'une conférence de presse.

"Quel que soit le commerce en question", les files d'attente devront être organisées pour respecter une distance minimale d'un mètre entre les clients, et des mesures comme la mise à disposition de gel hydro-alcoolique "devront être mises en oeuvre", a précisé le Premier ministre, excluant les cafés et les restaurants dont l'activité "ne permet pas de limiter dans un premier temps la circulation du virus".

Le ministre de la Santé a aussi pris la parole, notamment au sujet des Ehpad. Si "45% des Ehpad de France ont signalé moins d'un cas de coronavirus", Olivier Véran est revenu sur la décision d'interdiction de visite dans ces établissements. Un droit de visite encadré sera désormais autorisé dès lundi. A la demande du résident, à condition qu'il n'y ai pas plus de deux visiteurs et avec interdiction de contact physique, les familles pourront visiter leurs aînés. Ce droit de visite encadré s'appliquera également aux personnes à domicile en situation d'handicap.

L'objectif du gouvernement est de pouvoir réaliser à partir du déconfinement 500.000 tests par semaine pour les personnes présentant des symptômes et celles ayant été en contact avec un malade du Covid-19, a indiqué dimanche le ministre de la Santé.

Après le 11 mai, "si vous êtes porteur de symptômes (...) et que vous voulez savoir si vous êtes malade, ou si vous avez été en contact rapproché d'une personne dont on sait qu'elle est malade, vous pouvez, vous devrez bénéficier de ce test virologique", a assuré Oliver Véran, notant que ces tests seraient un des piliers de la politique de déconfinement.

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a affirmé dimanche "ne pas savoir" si le deuxième tour des élections pourrait se tenir fin juin, alors que la ministre de la Cohésion des territoires avait estimé quelques heures plus tôt qu'il se tiendrait "sûrement après l'été". "La loi qui a été votée par le Parlement le 23 mars a prévu un système dans lequel le 23 mai - pas avant, pas après - nous dirons si les élections le 2ème tour des élections municipales peut se tenir à la fin du mois de juin", a rappelé le chef du gouvernement lors d'une conférence de presse à Matignon à propos de la crise liée à la pandémie du coronavirus.

"Aujourd'hui, au moment où je vous parle, je ne sais pas si les élections pourront se tenir à la fin du mois de juin. Peut-être (le pourront-elles), mais je ne le sais pas", a-t-il ajouté. La ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, avait considéré dimanche matin que "le réalisme conduisait" à ce que le second tour ait lieu "sûrement après l'été".

Stratégie payante en Outre-Mer

"Le déconfinement a fonctionné" s'est félicité Edouard Philippe, en présentant les effets de la mesure.

Edouard Philippe a assuré que la "stratégie mise en oeuvre" pour limiter la propagation du coronavirus en outre-mer est "pour l'instant payante" et que l'épidémie y semble pour l'heure "sous contrôle". "Les territoires ultramarins présentent des caractéristiques qui font que leur situation sanitaire est souvent plus fragile que celle qui prévaut dans l'Hexagone", a rappelé le Premier ministre lors d'un point de situation à Matignon.

"C'est la raison pour laquelle nous avons pris des mesures, s'agissant des Outre-mer, très tôt par rapport à la vitesse de circulation du virus", a-t-il souligné, avec l'objectif de "préserver au maximum les territoires et les départements d'outre-mer de l'arrivée et du développement du virus"."Nous étions à 171 lits de réanimation sur l'ensemble des territoires d'outre-mer, avant la crise, nous sommes montés aujourd'hui à 310 lits, l'augmentation est considérable", a-t-il encore précisé.

Les forces de l'ordre ont réalisé "13,5 millions de contrôles" depuis le début du confinement mis en place le 17 mars pour lutter contre l'épidémie de nouveau coronavirus, et ont constaté "plus de 800.000 infractions", a annoncé dimanche Edouard Philippe. Grâce aux contrôles, le "respect du confinement a été globalement très satisfaisant", a estimé le Premier ministre en conférence de presse, en constatant "une immense diminution du nombre de déplacements" partout en France, aussi bien "vers les commerces, vers les épiceries, vers les stations de transport" que "vers les bureaux".