Les Russes se sont rendus aux urnes dimanche pour des élections régionales en pleine affaire Alexeï Navalny, l’opposant numéro 1 au Kremlin, victime d’un empoisonnement durant la campagne électorale. Dans 41 des 85 régions russes, les électeurs étaient appelés à élire des gouverneurs, des assemblées régionales ou municipales et quatre députés du Parlement national.

Le scrutin se déroule depuis vendredi, sur trois jours, avec aussi des bureaux de vote mobiles et en plein air, officiellement pour limiter les risques liés au coronavirus. Des méthodes qui, pour l’opposition, rendent très difficile le travail des observateurs des élections et favorisent les fraudes. L’ONG d’observation électorale indépendante Golos a elle dénoncé "l’arbitraire" des responsables de nombreux bureaux de vote qui refusent notamment d’enregistrer les plaintes d’observateurs. "Des signaux nous parviennent de plusieurs régions témoignant de falsifications en préparation, voire de leur mise en œuvre", a indiqué l’ONG sur son site internet, citant notamment des cas de "bourrages d’urnes". Pour la présidente de la Commission électorale centrale, Ella Pamfilova, ces accusations "ne sont pas objectives et assez malveillantes".

"Vote intelligent"

L’un des scrutins d’importance a lieu à Novossibirsk en Sibérie, troisième ville du pays où Sergueï Boïko, à la tête d’une coalition en lice pour l’élection du conseil municipal, défie le parti du Kremlin Russie unie avec le soutien de l’organisation d’Alexeï Navalny. Lui aussi a relevé "de très nombreuses infractions", notant par exemple que, sur "le coffre-fort contenant les bulletins" des deux premiers jours de vote "les scellés sont rompus". "Cela nourrit bien sûr les soupçons de falsifications."

Ces élections sont néanmoins l’occasion pour le Fonds de lutte contre la corruption d’Alexeï Navalny de tester l’efficacité de sa tactique du "vote intelligent", qui consiste à appeler à voter pour le candidat le mieux placé pour faire perdre celui du pouvoir. La méthode avait fait ses preuves l’été dernier à Moscou, lors d’élections municipales. Russie unie avait alors perdu de nombreux sièges.