Les jeunes Français manquent-ils de culture politique ? Même en fac de droit, "il y a des incultes"

Lors de cette présidentielle, le taux d'abstention des jeunes sera particulièrement observé.

J.F.
Les jeunes Français manquent-ils de culture politique ? Même en fac de droit, "il y a des incultes"
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Les jeunes Français se sentent-ils concernés par l'élection présidentielle, dont le premier tour aura lieu ce dimanche 10 avril? S'il serait réducteur de dire que tous les jeunes se désintéressent de la politique, force est de constater qu'en 2017 les moins de 30 ans étaient les grands absents du scrutin. Au premier tour de l'élection de 2017, l'abstention des 18-24 ans s'élevait à 27,8 %, et même à 31,6 % pour les 25-29 ans, contre 19,4 % dans la population générale. Selon certains sondages, l'abstention des jeunes pourrait cette année atteindre 46%.

Selon Arnaud Martin, maître de conférence en droit constitutionnel à l'université de Bordeaux, deux choses pourraient en partie expliquer le désintérêt de certains jeunes. Premièrement, le fait que leurs propres parents sont déçus par la politique. Deuxièmement, "une absence de culture politique". Selon lui, "cette absence peut nourrir le désintérêt et donc l'abstention".

"Pas de culture politique, ni de culture générale"

Même chez les étudiants en droit, censés être au courant du rôle des institutions et de l'importance des élections, le manque d'information est présent, explique-t-il dans une interview à La Dépêche. "J'enseigne en première année de droit et j'évoque la présidentielle de 2022. Je le dis aux étudiants : doutez de tout, battez en brèche les idées reçues. Non, la proportionnelle n'est pas si démocratique que de cela... Le quinquennat, il y a le pour et le contre... Les échanges sont intéressants avec ceux qui sont les plus motivés pour débattre sur les institutions. Mais, globalement, ils n'ont pas de culture politique, ni même de culture générale", note-t-il.

"Ils s'informent peu, et surtout, ils s'informent mal. Ils vont puiser une information à de mauvaises sources. Ils vont par exemple vers la presse gratuite, et surtout vers les réseaux sociaux où l'on trouve un peu du meilleur, et surtout du pire. Ils ne lisent pas la presse. (...) Il faudrait qu'ils varient leurs sources d'info, qu'ils se méfient de la télévision. Mais non. Donc on retrouve en première année de droit des étudiants qui prononcent des énormités. On a des incultes."

"Un niveau d'instruction civique pitoyable"

Selon lui, les jeunes formés par l'Education nationale ont des lacunes. "Je le constate depuis plusieurs années maintenant, comme d'autres enseignants. On a la moitié des étudiants pour lesquels il faut tout reprendre ; 40 % qui ont un bon niveau, et 10 % qui sont récupérables. Mais pour la moitié, la situation est gravissime. (...) Ils arrivent à l'université, en droit par exemple, avec un niveau d'instruction civique qui est pitoyable. Mais ce n'est pas qu'à cause du système scolaire, c'est un tout. Prenez la presse : il y avait avant beaucoup plus de journaux, les citoyens se tenaient activement informés. Mais maintenant ?"

Ce manque d'information ne touche pas que les jeunes, il se retrouve aussi chez les adultes.

Des jeunes tout de même engagés

Précisons aussi que certains jeunes se sentent concernés par l'élection à venir. Selon un dernier sondage, réalisé par l'Ifop pour LCI, le Parisien et Sud Radio, le 6 avril dernier, les 18-24 ans qui iront voter plébiscitent Jean-Luc Mélenchon (27%) et Emmanuel Macron (27%). Marine Le Pen, elle, arrive en troisième position (23%). Viennent ensuite Eric Zemmour (8%), Yannick Jadot (4%), Valérie Pécresse (3%) et Fabien Roussel (2%).

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