La présidentielle plombe les finances de LR et EELV, dans un "état critique"

Faute de voir leurs frais de campagne remboursés, les Républicains, EELV et dans une moindre mesure le PS, se retrouvent dans une situation "critique" sur le plan financier, obligeant les deux premiers à des appels aux dons pour leur survie.

Les Républicains et EELV ont chacun contracté des emprunts bancaires pour mener leur campagne, mais ils n'ont pas passé le seuil des 5% nécessaires au remboursement par l'État de leurs frais de campagne.

La loi prévoit que les dépenses soient remboursées par l'État à hauteur de 47,5% du plafond pour les candidats ayant obtenu plus de 5% des voix, et de 4,75% pour les autres.

Le plafond des dépenses autorisées est de 22,509 millions d'euros pour chacun des deux candidats en lice au second tour et de 16,851 millions pour chacun des autres prétendants.

Les dons et aides matérielles des personnes morales, notamment des entreprises, sont strictement interdits. Ceux des particuliers sont autorisés mais dans une limite de 4.600 euros maximum.

En plus de ces dons, le candidat peut recourir à des fonds personnels, des aides de partis ou à des emprunts bancaires.

Lundi matin, le visage grave, la candidate LR Valérie Pécresse a lancé un appel à "une aide, d'urgence" des Français pour "boucler le financement" de sa campagne, faisant état d'une "situation critique" de son parti qui ne sera pas remboursé de "sept millions d'euros" de frais.

"Les Républicains ne peuvent faire face à ces dépenses", a expliqué la candidate qui a recueilli 4,78% des voix, précisant qu'elle était également endettée, à titre personnel, à hauteur de cinq millions d'euros.

Selon la commission des comptes de campagne et des financements politiques, le parti comptait à la fin 2020 une réserve de près de 3,5 millions d'euros.

"Mettre au pot"

La situation est également préoccupante pour les écologistes. Le candidat Yannick Jadot, arrivé à 4,63% au premier tour, a appelé dès dimanche soir à apporter à EELV un "soutien financier pour poursuivre" les combats de l'écologie.

L'eurodéputé David Cormand a invité sur France info "chacun de nos 1,5 million d'électeurs" à faire "un don de trois euros", pour "rembourser" la campagne.

La situation est "critique", avec deux millions d'euros à trouver d'ici la fin mai, a confirmé le secrétaire national d'EELV Julien Bayou.

"On avait fort heureusement baissé la voilure et dépensé moins que ce que nous avions prévu", a-t-il ajouté, évoquant des dépenses pour la campagne de premier tour "aux alentours de six millions d'euros", les plus importantes jamais engagées pour EELV. Le loyer du QG de campagne, d'une surface de 600 m2 dans le IXe arrondissement de Paris, a notamment coûté 68.400 euros par mois au parti.

Selon la CNCCFP, EELV disposait en 2020 de quelque 6,2 millions d'euros de réserve.

Pour le Parti socialiste, dont la candidate Anne Hidalgo a obtenu 1,75 % des voix, le Premier secrétaire Olivier Faure a assuré lundi matin qu'il n'était "pas du tout au bord de la faillite".

Le PS était très affaibli par ses défaites de 2017, à la présidentielle et aux législatives, qui avait asséché ses finances, l'obligeant à vendre son siège de la rue de Solférino et à lancer un plan social au sein de ses salariés.

"Nous n'avons pas eu recours à un emprunt, nous avons autofinancé la campagne et donc il n'y a pas de dette à rembourser", a assuré Olivier Faure sur France info.

"Ce sont les fédérations qui vont mettre de l'argent au pot. Certes, on va diminuer leur trésor de guerre", explique le sénateur Patrick Kanner, précisant que certaines sont "financièrement très bien gérées".

Certaines de ces fédérations "très bien dotées" avaient cependant refusé de mettre la main à la poche, notamment celles de Moselle, du Val d'Oise et de la Corrèze.

"Notre campagne n'a pas coûté très cher, c'est une campagne modeste", a précisé à l'AFP Patrick Kanner, sans vouloir donner de chiffre. "Très largement en dessous des 10 millions", consent-il à dévoiler.

Olivier Faure n'exclut pas néanmoins des appels aux dons qui "sont toujours nécessaires (...) mais il n'y a pas de faillite comme beaucoup l'auraient souhaité".