Présidentielle française: "Emmanuel Macron tente de rattraper ce qui n'a pas été fait avant le premier tour"

Bains de foule en série, visite de plusieurs villes en une journée, meetings en place publique, discussions du tac au tac avec des opposants, interviews médias quotidiennes: Emmanuel Macron se démultiplie pour la campagne du second tour, en total contraste après une première phase sous les radars.

Présidentielle française: "Emmanuel Macron tente de rattraper ce qui n'a pas été fait avant le premier tour"
©AFP

Au soir du premier tour, l'entourage du président-candidat avait prévenu: "c'est un nouvelle campagne qui commence". De fait, depuis dimanche soir, Emmanuel Macron a mis les gaz pour partir à "la castagne" et réveiller une campagne jusque-là amorphe.

"Emmanuel Macron avait prévu de faire un blitzkrieg d'entre deux tours", constate le politologue Stéphane Rozès auprès de l'AFP.

Avant le premier tour, il s'était contenté de trois maigres déplacements et des interventions médiatiques a minima. Depuis, il fait feu de tout bois, occupe le terrain, défend son programme et promet de nouvelles mesures pour tendre la main en particulier aux électeurs de gauche. "Il mouille la chemise, il y va", se félicite son entourage.

Durant les deux premiers jours, lundi et mardi, il se rend dans six villes du nord et de l'est qui avaient donné leur préférence soit à Marine Le Pen, soit à Jean-Luc Mélenchon. Pour des bains de foule à répétition où il répond longuement à toutes les questions des habitants comme des journalistes, souvent les deux à la fois.

"A portée de baffes", comme il le répète souvent.

"J'ai jamais vu un président de Ve République aussi nul que vous", lui lance un homme mardi en Alsace où Emmanuel Macron s'offre un véritable meeting au pied de la cathédrale de Strasbourg.

Des Gilets jaunes, des mélenchonistes se sont glissés dans le public. Et plusieurs le prennent à partie. Du haut de l'estrade, il leur répond un par un.

"Corriger l'image de mépris"

"On voit clairement qu'il s'agit de rattraper ce qui n'a pas été fait avant le premier tour, à savoir faire campagne", souligne Céline Bracq, directrice générale d'Odoxa. "En faisant ça, il prend le risque d'être à portée de baffe et d'aller se faire enguirlander sur le terrain et même plus que ça: le risque de gaffe qui est quand même très très fort chez Emmanuel Macron", développe-t-elle.

Mais prendre ce risque d'une mauvaise séquence ou d'une petite phrase était indispensable, répètent les soutiens d'Emmanuel Macron dont certains avaient commencé à paniquer après son début de campagne sous anesthésie.

"Il essaie aussi de corriger l'image de mépris qui lui colle à la peau", ajoute Céline Bracq, alors que pour Marine le Pen, "sa stratégie c'est à l'inverse: ce n'est pas le moment de prendre des risques", ajoute l'experte.

Face à Emmanuel Macron qui s'anime, la candidate du Rassemblement national critique: "lui ça fait 3 jours qu'il est en campagne, moi ça fait 30 semaines."

Soutien de la première heure du président-candidat, Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale, répond sur LCI qu'Emmanuel Macron "ne néglige pas d'aller au contact des Français et des Françaises", quand "Madame Le Pen, elle, fait des conférences de presse dans des hôtels bouclés par des services de sécurité".

Pour ces sept derniers jours, la cadence va encore s'accélérer: meeting à Marseille samedi après-midi, puis trois déplacements dans la semaine, envisagés notamment en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine jeudi et vendredi, ainsi qu'une kyrielle d'interviews à la radio et à la télévision.

Avec au milieu une date-clé, le débat du mercredi soir, et enfin un possible ultime grand meeting en région le 22 avril.

Pour le directeur général de l'Ifop, "Emmanuel Macron commence enfin à faire campagne, qui va sur le terrain, l'Ukraine a été mise à distance". "Il est certes à portée d'engueulade, on peut certes dire qu'il désacralise la fonction. Mais il est véritablement candidat".

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