Si elle venait à gagner, avec qui Marine Le Pen pourrait-elle gouverner ?

Avec qui Marine Le Pen pourrait-elle gouverner? La candidate d'extrême droite affirme être capable de "former trois gouvernements" s'il le faut.

Si elle venait à gagner, avec qui Marine Le Pen pourrait-elle gouverner ?
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Mais les noms qui circulent sont peu nombreux dans un Rassemblement national organisé autour d'elle et son cercle restreint.

Marine Le Pen avait promis de présenter un gouvernement fantôme. Mais "c'est passé de mode", disait un proche récemment.

Elle dit aussi avoir le nom d'un Premier ministre, sans le dévoiler, contrairement à 2017 où elle avait présenté son allié du second tour Nicolas Dupont-Aignan comme futur locataire de Matignon en cas d'élection.

La prétendante à l'Elysee a déjà écarté l'idée d'intégrer dans son gouvernement sa nièce Marion Maréchal ainsi que son rival identitaire Éric Zemmour.

"Je n'ai aucune inquiétude sur ma capacité à former trois gouvernements s'il le fallait", assurait la candidate au Figaro le 6 avril. "Je lancerai un gouvernement de politiques, de gens qui savent où ils vont" et non un "gouvernement de techniciens", a-t-elle ajouté vendredi sur BFMTV et RMC.

Selon le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, "c'est peut-être le pari qu'elle fait: rebattre totalement les cartes, c'est-à-dire changer totalement le personnel dirigeant".

"Elle ne peut pas faire autrement, il n'y a pas de ralliement" jusqu'alors, souligne-t-il à l'AFP.

Parmi ses ministres potentiels, Marine Le Pen cite régulièrement deux ralliés récents en 2019. L'ancien magistrat et ex-député LR Jean-Paul Garraud à la Justice, en pointe dans la rédaction de son projet visant à "éradiquer les idéologies islamistes" et à interdire le port du voile dans la rue. Et Hervé Juvin, ancien conseiller de Raymond Barre, devenu le chantre d'une écologie civilisationnelle et identitaire.

Son fidèle lieutenant Jordan Bardella, qui l'a remplacé bénévolement pour un intérim à la tête du RN, aurait aussi "parfaitement les qualités pour devenir ministre". Tout comme son délégué aux études et ex-LR Franck Allisio, "presque plus connu qu'Édouard Philippe quand il a été nommé premier ministre", lance-t-elle.

L'eurodéputé russophile et ancien ministre sarkozyste Thierry Mariani, même si ce ne serait plus pour le ministère des Affaires étrangères, "a vocation" à faire partie de son gouvernement, a assuré Mme Le Pen vendredi. Et ce malgré les positions diplomatiques controversées de son lieutenant, prié de se mettre en sourdine pendant la campagne à cause de sa proximité avec Moscou.

"Ce n'est pas parce qu'on n'est pas tous les jours sur les plateaux de télé qu'on est à l'écart ou en retrait", a réfuté Thierry Mariani jeudi soir sur BFMTV.

"On a des contacts"

Marine Le Pen n'écarte pas non plus la possibilité de piocher au sein du mystérieux club des Horaces, composé de hauts fonctionnaires et chefs d'entreprises qui la conseillent sur son projet.

Elle mise surtout sur son "gouvernement d'union nationale" susceptible de séduire des personnalités d'autres familles politiques qui partagent des points de convergence avec (elle)".

Pendant la campagne, elle avait notamment cité le nom de l'ex-ministre socialiste Arnaud Montebourg, mais celui-ci appelle à voter Emmanuel Macron au second tour.

Si elle gagne, "ça va créer une dynamique, des gens vont nous rejoindre. On a des contacts", assurait récemment un de ses proches à l'AFP.

Mais pour le sénateur et ancien médecin Claude Malhuret, qui soutient Emmanuel Macron, le gouvernement de Marine Le Pen, "c'est comme si vous alliez vous faire opérer de l'appendicite et qu'on vous disait +le chirurgien est très bien, son assistante est très bien, l'infirmière est très bien, mais ils n'ont jamais mis les pieds dans une salle d'opération", a-t-il critiqué sur Europe 1.

Marine Le Pen n'a jamais été ministre ni dirigé d'exécutif local. Longtemps eurodeputée, elle est depuis 2017 députée du Pas-de-Calais.

A sa conférence sur le chiffrage de son projet ou mercredi sur la diplomatie, beaucoup de journalistes demandaient qui étaient ses conseillers "éco" ou "diplo", sans obtenir de réponses.

Et son parti reste une entreprise familiale. Jordan Bardella vit en couple avec Nolwenn Olivier, fille de Marie-Caroline Le Pen, soeur aînée de Marine Le Pen, et de Philippe Olivier, conseiller spécial de la candidate à la présidentielle. Qui est elle-même la fille de Jean-Marie Le Pen, le fondateur du Front national.

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