"On respire!", "Du jamais-vu depuis 1969", "Moins Jupiter": revue de presse belge suite à la victoire d'Emmanuel Macron

La presse belge est unanime, les Français ont voté par défaut pour préserver la démocratie.

La presse belge est assez d'accord avec ses confrères français: Emmanuel Macron remporte cette élection "sans état de grâce", pour reprendre les mots exacts du Monde. Selon elle, les Français ont voté et ont choisi le moins pire des scénarios en privilégiant le président sortant plutôt que son adversaire du Rassemblement National, Marine Le Pen.

Du côté de la La Libre Belgique, on pousse un ouf de soulagement. "On respire ! C'est lui qui a gagné, pas elle. Quel soulagement, pour la France et pour l'Europe", écrit notre quotidien dans ses colonnes. Si l'ambiance semble à première vue à la fête, l'inquiétude n'en est pour autant pas moins présente, et pour cause, avec 41,4% des voies en sa faveur, Marine Le Pen prouve que l'extrême droite est plus que jamais présente en France. "Ce dimanche, plus de quatre électeurs sur dix ont mis dans l'urne un bulletin en faveur de l'extrême droite. Impensable il y a dix ans. Effrayant, tout simplement". Et si Emmanuel Macron peut savourer cette victoire sur son adversaire, elle ne pourra être que de courte durée, puisqu'il lui reste énormément à faire. "Sans majorité à l'Assemblée nationale, le président réélu devra mettre beaucoup d'eau dans son vin, renier certaines promesses ou, pire, subir une cohabitation", poursuit La Libre Belgique. Selon notre quotidien, le débat de l'entre-deux-tours a permis de prouver "qu'un programme populiste seul ne suffisait pas", et les législatives, qui sont déjà en ligne de mire, annoncent d'ores et déjà une recomposition du paysage politique français. Jean-Luc Mélenchon est dans les starting blocks et n'a pas caché son envie d'être élu Premier ministre. Emmanuel Macron pourrait bien être contraint "de tendre la main, de construire un projet rassembleur, de confirmer son virage écologique et d'apaiser les inquiétudes des électeurs de centre gauche", conclut La Libre Belgique.

Si cette victoire semble à première vue avoir un goût amer, Emmanuel Macron n'en signe pas moins un exploit comme le rappellent nos confrères du Soir. "Se faire réélire après avoir traversé une crise sociale violente et deux crises internationales historiques signe un destin personnel incroyable". Il faut le dire, jamais sous la Ve République, un président français n'était parvenu, sans cohabitation, à se faire réélire. "Il marque un coup d'arrêt au dégagisme, poursuit Le Soir. Cette victoire et ce score disent aussi beaucoup de la solidité d'un front républicain qu'on disait désabusé et en débandade". Une réélection qu'il doit également au peuple français qui a décidé de s'unir pour préserver la démocratie, mais après un premier quinquennat compliqué, Emmanuel Macron hérite aujourd'hui d'une France divisée. Plus que jamais le défi est énorme, comme le rappelle enfin le quotidien belge. "Il va devoir s'attacher à réconcilier une société fracturée, à apaiser les colères, à redonner de l'espoir aux jeunes générations et aux plus précaires (...) Et cela alors que le temps lui manque déjà : l'obstacle des législatives est à franchir dans deux mois pour éviter un blocage qui empêcherait de déployer des politiques fortes."

L'extrême droite n'est pas terrassée

Dans les colonnes de la Dernière Heure, c'est le faible taux de participation des Français à cette élection qui interroge. "Un électeur sur quatre n'a pas voté hier. Du jamais-vu depuis 1969 !" Et pour cause, si le score d'Emmanuel Macron n'en reste pas moins supérieur aux premières estimations faites de l'entre-deux-tours, ses résultats prouvent qu'il est aujourd'hui obligé de prendre en considération les préoccupations grandissantes d'une majorité des Français. "Un échec de sa part pourrait, cette fois-ci, faire exploser le fameux plafond de verre qui ancre l'extrême droite dans la défaite depuis huit élections", conclut La Dernière Heure.

Sudinfo souligne également que si victoire il y a, cette élection n'en reste pas moins révélatrice. "Emmanuel Macron l'emporte et écarte donc temporairement le spectre de l'extrême droite. L'extrême droite qu'il n'a cependant pas terrassée." Même son de cloche du côté de L'Avenir qui affirme qu'après cinq années au pouvoir, le parti d'Emmanuel Macron est usé et qu'il pourrait bien être forcé de céder du terrain. "Le troisième tour de l'élection, que sont les législatives, dira si socialistes et Républicains parviennent à sauver les meubles au niveau local, où ils jouissent encore d'enclaves solidement tenues."

Un immense défi

Du côté de la presse belge néerlandophone, De Morgen souligne d'abord le fait "qu"une majorité d'électeurs français ont rendu hommage à l'hymne légendaire d'Arno en réélisant un président pro-européen avec Emmanuel Macron". Une chanson qui semble néanmoins trop joyeuse au vu du scrutin français de 2022. "Macron gagne principalement parce que l'aversion ou la peur de la droite radicale est encore plus grande que la méfiance envers lui-même", rappelle le quotidien. Dès lors, le deuxième mandat du président devra impérativement être différent. Jugé trop arrogant et vaniteux, Emmanuel Macron devra ici prendre un tout autre virage. "Moins Jupiter au fond de son esprit, plus père de la nation", affirme De Morgen. Un changement qui ne pourra pas attendre, tenant compte des élections législatives qui auront lieu dans un peu plus d'un mois. "Le défi est grand. Beaucoup de ses compatriotes n'en sont pas encore convaincus", conclut le quotidien.

Le soulagement est également de mise du côté du Standaard, qui souligne qu'une victoire de Marine Le Pen aurait enclenché un scénario effroyable. "Poutine aurait été incapable de réprimer son sourire à l'idée que l'un de ses plus grands admirateurs finisse à l'Elysée", révèle le quotidien dans ses colonnes. Si, ici encore, on souligne le fait que cette victoire est nuancée en raison de la montée de l'extrême droite et du taux d'abstention, on souligne néanmoins qu'Emmanuel Macron est aujourd'hui un président libéré. "Le fait qu'il ne puisse plus se présenter aux élections fait qu'il a maintenant plus de marge de manœuvre pour suivre ses convictions, sans avoir à constamment tenir compte des sondages d'opinion".

Enfin, au terme de cette nouvelle élection présidentielle, Het Laatste Nieuws semble pour le coup moins soulagé que ses confrères. Le quotidien dresse un constat amer: l'extrême droite gagne du terrain partout en Europe. "Pourquoi est-ce que partout en Europe des partis plus extrêmes deviennent populaires et que les partis populaires deviennent plus extrêmes?"Het Laatste Nieuws constate qu'un groupe croissant de citoyens se sent mal à l'aise et réprimé dans la société. "Il y a de fortes chances que dans la vieille Europe, les générations futures soient moins bien loties que leurs parents pour la première fois", peut-on lire dans les colonnes du quotidien.

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