Législatives françaises: les négociations "piétinent" à gauche malgré des éclaircies

Les turbulences en vue des législatives se poursuivent à gauche: le communiste Fabien Roussel s'est joint jeudi aux écologistes pour regretter que les discussions "piétinent" avec LFI, alors que le début de négociations historiques avec le PS inquiète François Hollande.

Législatives françaises: les négociations "piétinent" à gauche malgré des éclaircies
©AFP

Forte des 22% des voix de son candidat Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, La France insoumise a lancé des discussions bilatérales depuis plus d'une semaine avec EELV, le PCF et le NPA, et depuis mercredi avec le Parti socialiste, afin de trouver un accord aux législatives pour se donner une chance d'envoyer le tribun insoumis à Matignon.

Mais alors que la date butoir pour trouver un accord - la fin de semaine - se rapproche, des inquiétudes se font jour. Pour Fabien Roussel, "ça n'avance pas assez vite". Il a appelé LFI à "changer de braquet" pour aller "vers une véritable union respectueuse de chacun", dans un courrier adressé à la formation de Jean-Luc Mélenchon.

Celui-ci a relativisé, affichant sa sérénité avant... de visiter une exposition au Palais de Tokyo: "J'ai déjà vu ça 100 fois dans ma vie, les tensions avant la répartition des villes et des circonscriptions, c'est pas ça qui me paraît le plus inquiétant".

Fabien Roussel réclame que tous les partis négocient ensemble, et appelle à "se rassembler derrière un label commun à construire ensemble" et à "définir ensemble un contrat de législature" autour d'une dizaine de propositions, en mettant "de côté ce qui fait nos différences".

Autre point sensible: les discussions portent "sur un nombre trop limité de circonscriptions, 165" a-t-il regretté, alors qu'"il faut mettre en mettre 289 sur la table" pour conquérir une majorité. Et sur les 165 circonscriptions, "nous ne retrouvons que nos 11 députés sortants".

Jean-Luc Mélenchon a répliqué: "Je trouve ça étrange qu'on trouve plus compliqué des circonscriptions que des aspects programmatiques, moi c'est plutôt ça qui m'inquiète, qui m'intéresse".

Générations en trait d'union

Mercredi, EELV avait expliqué que les discussions patinaient pour eux aussi avec LFI, notamment sur la question du "label commun", qui ne peut pas être selon eux uniquement celui de LFI, "l'Union populaire", et le nombre de circonscriptions qui leur seraient réservées, trop faible à leur goût.

LFI n'a que peu goûté la présentation d'un tableau de circonscriptions à toute la presse, mercredi par Julien Bayou: "Ils ne se rendent pas compte du rabougrissement que ça fait apparaître, parce qu'on semble discuter surtout sur des circonscriptions, ça fait boutiquier, on va finir par démobiliser notre camp", tacle un négociateur insoumis en privé.

En attendant, LFI peut se vanter d'avoir réussi à conclure jeudi un premier accord avec Générations, petite formation appartenant au Pôle écologiste, sans préciser le nombre de circonscriptions qui lui seraient accordées: "Générations a un rôle de trait d'union pour convaincre les Verts", veut croire le négociateur de LFI.

Du côté du PS, les discussions avec LFI, retardées par le contentieux historique entre les deux formations, se sont finalement ouvertes mercredi sous de meilleures auspices qu'escomptées.

Le négociateur insoumis se félicite: "La réunion qui a eu lieu hier avec les socialistes était claire, lisible, franche, sans chichis, sans manoeuvres. (...) Ils veulent rompre avec le quinquennat Hollande, la loi El-Khomri, veulent la retraite à 60 ans, le blocage des prix. C'est une victoire idéologique".

Pour le politologue Rémi Lefebvre, "le PS n'a absolument aucune autre option", et risque de perdre "la plupart de ses députés" s'il refuse l'accord.

Le Premier secrétaire Olivier Faure, en proie à des contestations internes, a défendu la tenue de ces discussions dans le Figaro, assurant qu'"une coalition n'était pas une soumission" à LFI, avec qui des divergences subsistent.

Mais l'ex-président socialiste François Hollande a mis en garde jeudi contre le risque d'"une disparition" du PS en cas d'accord, disant son souhait de voir cet éventuel partenariat "revu ou repoussé de manière à ce que le Parti socialiste puisse, avec ses partenaires écologistes, communistes, commencer à envisager une autre union".

Un cadre du PCF prévient: "Le PS a douze jours de retard par rapport à nous dans les discussions. Quand ils vont voir ce qu'on leur propose, ils ne vont pas y aller".

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