L'accord PS-LFI pour les législatives provoque des remous en France: Jean-Marc Ayrault et François Hollande se montrent très critiques, Bernard Cazeneuve quitte le PS

L'ancien Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault a qualifié mercredi de "rafistolage" l'accord conclu entre la France insoumise (LFI) et le Parti socialiste (PS) pour les législatives de juin, regrettant une "forme de démission" qui risque de fracturer le PS.

L'accord PS-LFI pour les législatives provoque des remous en France: Jean-Marc Ayrault et François Hollande se montrent très critiques, Bernard Cazeneuve quitte le PS
©AP

"Je suis profondément déçu par le texte qui vient d'être rendu public. Je vous dis mon désaccord avec regret", a déclaré M. Ayrault à l'AFP.

"C'est du rafistolage", a-t-il estimé, dénonçant le "prix exorbitant" payé par le PS, qui serait "absent dans 500 circonscriptions sur 577". "Il y a une forme de démission qui n'est pas défendable", a estimé l'ancien Premier ministre de François Hollande.

"En même temps, j'ai bien conscience qu'avec 1,7 % des voix à la présidentielle, ça ne met pas le Parti socialiste en situation confortable", a reconnu M. Ayrault.

Parmi ses points de désaccords avec le communiqué commun PS-LFI, l'ancien maire de Nantes a regretté "une espèce de fuite en avant" sur la question européenne.

"Il faut travailler pour faire évoluer les traités, et pourquoi pas les changer, mais il faut veiller au respect de l'État de droit si on veut éviter que M. Orbán en Hongrie ou M. Kaczynski en Pologne se permettent ce qu'ils se permettent", a-t-il estimé.

"La construction européenne, c'est un combat qu'il faut mener, mais en affirmant clairement et fortement qu'il n'y a pas, pour la France, d'autres voies que la voie européenne", a-t-il ajouté, soulignant que l'Europe était "en train de progresser, de montrer qu'elle est utile: on l'a vu pendant la crise sanitaire, on le voit avec la crise énergétique et la crise alimentaire avec ce qui se passe en Ukraine".

"Donc ce n'est pas le moment de fragiliser cette construction. Au contraire, il faut la renforcer", a ajouté M. Ayrault.

Quant au retour à la retraite à 60 ans pour tous, "c'est tromper les Français (...) c'est comme si on disait on va raser gratis", a-t-il estimé.

"Après un tel échec à l'élection présidentielle, je mesure l'aspiration à l'unité" de la gauche mais "on ne peut pas la faire à n'importe quel prix et au dernier moment, sur des bases à la fois floues et avec des désaccords aussi profonds", a fustigé M. Ayrault.

L'ancien président du groupe socialiste à l'Assemblée a jugé que le PS pouvait "garder un groupe parlementaire", sans accord avec LFI, grâce à la "bonne implantation" de ses députés.

Alors que des figures historiques du parti, comme M. Hollande, ont dénoncé cet accord, M. Ayrault a appelé à "veiller à l'unité des socialistes". "Je vois bien les risques de fracture et je pense qu'il faut les éviter", a-t-il déclaré.

A plus long terme, il a appelé les socialistes à "tirer les leçons de nos échecs parce qu'on n'en est pas là non plus complètement par hasard".

Bernard Cazeneuve annonce quitter le PS

L'ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve a annoncé mercredi à l'hebdomadaire régional La Manche Libre son départ du PS.

"J'ai quitté le Parti socialiste en désaccord avec l'alliance passée avec le parti de Jean-Luc Mélenchon", a déclaré M. Cazeneuve, évoquant "une formation politique, La France Insoumise, dont j'ai eu à subir la violence, l'outrance des positions, les insultes aussi quand j'étais au gouvernement, notamment lorsque s'est produite la mort de Rémi Fraisse", un militant mort lors d'une manifestation en 2014, alors que M. Cazeneuve était ministre de l'Intérieur.

"J'ai aussi une conception nette et ferme de la laïcité, de la République", poursuit-il, "qui interdit toute convergence avec ceux dont la pensée sur ces questions est plus qu'ambigüe". Le dernier chef de gouvernement (2016-2017) de François Hollande invoque enfin une "hostilité ancienne de la LFI au projet européen".

Bernard Cazeneuve avait annoncé mardi sur les réseaux sociaux qu'il quitterait le PS en cas d'accord législatif avec La France insoumise, estimant que ses dirigeants ont "perdu leur boussole" d'un "socialisme républicain".

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