Le Premier ministre socialiste portugais Antonio Costa, qui a réussi depuis 2015 à tourner la page de l'austérité sans renoncer à une stricte discipline budgétaire, a nettement remporté les élections législatives dimanche, selon des résultats partiels.

Donné gagnant depuis des mois par les sondages, l'ancien maire de Lisbonne, âgé de 58 ans, a récolté près de 37% des suffrages, selon ces résultats représentant les trois quarts des 230 sièges à attribuer au parlement.

Les socialistes devancent donc largement leurs principaux adversaires du Parti social-démocrate (PSD, centre-droit) qui ont reculé à environ 28% des voix.

Ce scrutin confirme que le pays est l'un des rares d'Europe où les socialistes ont le vent en poupe et où la droite populiste ne pèse pas sur le débat politique. Il a en revanche été marqué par une abstention record à plus de 46%.

M. Costa ne devrait toutefois pas avoir la majorité absolue, ce qui l'obligera à obtenir l'appui d'autres formations au parlement pour gouverner. "Quel que soit le résultat, il faudra garantir la stabilité" du futur gouvernement, a-t-il déclaré avant la fermeture des bureaux de vote.

"Géométries variables"

Fin tacticien, le socialiste avait réussi en 2015 à former un gouvernement minoritaire, malgré sa défaite face à la droite, grâce à l'appui du Bloc de gauche (gauche radicale) et des communistes. Un pacte inédit surnommé péjorativement la "geringonça" (attelage de bric et de broc) par ses adversaires, mais qui lui a permis de tenir quatre ans.

Cette fois, "le PS peut atteindre la majorité avec des géométries variables et alternatives. Cela l'invite à gouverner seul, en cherchant des accords ad hoc", a souligné l'analyste Pedro Norton sur la télévision publique RTP.

Les dirigeants du Bloc de Gauche, qui aurait récolté plus de 9% des suffrages, ont déjà affiché leur volonté de discuter avec le PS. "Le Bloc de gauche est prêt à négocier un accord assurant la stabilité du pays", a déclaré la dirigeante de cette formation de gauche radicale, Catarina Martins.

Avec environ 6% des voix, les communistes n'ont pas exclu d'appuyer de nouveau le PS.

Autre allié potentiel de M. Costa, le parti animaliste PAN a lui progressé à 3%.

Depuis que M. Costa est au pouvoir, l'économie portugaise a consolidé spectaculairement la reprise entamée après la cure d'austérité drastique mise en oeuvre par le précédent gouvernement de droite suite au sauvetage financier du pays en 2011.

Grand écart

La croissance (3,5% en 2017 et 2,4% en 2018) est actuellement au plus haut depuis le début des années 2000 et le chômage a retrouvé son niveau d'avant la crise (6,4%).

L'ancien avocat a surtout réussi le grand écart de détricoter les mesures de rigueur en augmentant les retraites ou les salaires des fonctionnaires, tout en profitant de la bonne conjoncture pour jouer les premiers de la classe de la zone euro en matière de déficit public, qui devrait être ramené à 0,2% du PIB cette année.

Ce bilan économique et social aura été son principal argument de campagne, même si la dette publique avoisine toujours les 120% du PIB et que les Portugais se plaignent toujours des bas salaires, d'une dégradation des services publics et de la hausse des prix de l'immobilier entraînée par l'explosion du tourisme.

M. Costa a toutefois vécu une fin de campagne délicate marquée en particulier par son coup de sang vendredi contre un électeur critiquant sa gestion des incendies meurtriers de 2017, l'un des points noirs de son mandat. Des images devenues virales dans le pays.