La situation n’a rien à voir avec celle des États-Unis, de l’Inde, de la Russie, du Brésil et d’une bonne partie de l’Amérique centrale et latine, où les décès se comptent par centaines chaque semaine, mais l’épidémie de Covid-19 repart “ un peu” en France. Le président Emmanuel Macron l’a reconnu lui-même dans l’interview qu’il a accordée ce mardi aux télévisions françaises à l’occasion du 14 Juillet.

"Nous sommes sortis du premier pic (...) tout le pays s'est mobilisé et nous avons des résultats, puisqu'on a réussi à endiguer le virus et à retrouver une vie presque normale", a souligné le chef de l'Etat, qui propose la généralisation du masque dans les lieux publics clos à partir du 1er août. Mais "aujourd’hui nous avons des inquiétudes", a-t-il souligné, avertissant qu'il "y a des indices (que) ça ré-accélère, nous avons des signes que ça repart quand même un peu",

C’est l’institut de Santé Publique France (SPF) qui a donné l’alerte le 9 juillet en notant “ une nouvelle tendance à l’augmentation du virus SARS-COV-2”, donc un accroissement du nombre de personnes infectées dans l’Hexagone, tout en soulignant que la circulation virale reste “ à un niveau bas”. Hors Guyane et Mayotte, trois régions sont particulièrement surveillées, car elles ont un taux de reproduction du virus supérieur à 1 : ce sont les Pays de la Loire (1,52), Provence-Alpes-Côte d’Azur (1,24) et la Nouvelle Aquitaine (1,32).

“Le virus montre des frémissements”, a déclaré au Monde l’épidémiologiste David Lévy-Bruhl. “ Nous sommes préoccupés, le risque est que cette hausse se poursuive”.

Près de 330 clusters

Les experts français surveillent de très près les foyers (clusters) qui sont en moyenne des groupes d’une quinzaine de personnes, en majorité dans des établissements de santé, des entreprises, des établissements sociaux et ce que le SPF appelle le milieu familial élargi, soit plusieurs foyers familiaux. Près de 330 clusters ont été décelés en France. Huit sont en cours d’enquête dans le Nord Pas de Calais, à la frontière belge.

En Mayenne, où sept nouveaux foyers ont été détectés le week-end dernier, un dépistage systématique de 300 000 habitants a été entrepris.

À Marseille, 19 marins d’un bateau de la Corsica Linea, le Danielle Casanova, qui assure la liaison avec Tunis, ont été déclarés positifs. Le reste d’équipage a été mis à l’isolement, le bateau nettoyé, tandis que la compagnie a fait tester les marins de ses sept autres navires, qui se sont tous révélés négatifs. “ C’est un soulagement, mais c’est aussi un rappel pour chacun d’entre nous… La maladie est toujours là et il faut continuer d’être vigilant”, a conclu Pierre Antoine Villanova, le directeur de la compagnie, selon France Bleu.

Des rapatriements non garantis

Ce qui se passe en France donne une idée des difficultés que rencontrent les gouvernements européens alors qu’une partie des juillettistes sont en vacances à l’étranger. Les Affaires étrangères belges imposent la quarantaine à ceux qui reviennent des zones rouges et soulignent dans les avis de voyage que “ les voyageurs doivent être conscients du fait que de nouvelles épidémies de Covid à l’étranger peuvent fortement affecter leur voyage et que le rapatriement ne peut être garanti si les vols commerciaux sont supprimés ou si les frontières sont fermées”.

La pandémie a causé jusqu’ici la mort de 573 000 personnes, dont 135 000 aux États-Unis. De nombreux pays ont réussi, grâce au confinement, à fléchir la courbe mais d’autres ont relâché l’attention. “ Si les principes élémentaires ne sont pas suivis, cette pandémie ne pourra aller que dans une seule direction. Cela va aller de pire en pire”, a prédit lundi l’OMS.

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