Interrogé par les journalistes Léa Salamé et Gilles Bouleau dans la salle des fêtes de l'Elysée, Emmanuel Macron a estimé que le pays vivait un moment très particulier de son histoire. "Notre pays au fond a peur", a affirmé le président français. "Il y a une crise de confiance."

Revenant sur les vives critiques qui ont été émises à l'égard de sa gestion de la crise sanitaire, le chef d'Etat a regretté avoir assisté à de telles déclarations, admettant toutefois avoir besoin d'avis contraires pour évoluer. "La haine n'est pas acceptable en démocratie", a-t-il ajouté.

Il a ainsi reconnu être l'objet "d'une détestation" alimentée parfois par ses propres "maladresses". "Les gens se sont mis à détester ce président qui voudrait tout réformer pour que ce ne soit que les meilleurs qui puissent réussir", "ça n'est pas mon projet mais le jeu des maladresses, parfois des phrases sorties de leur contexte", a-t-il dit lors de l'interview sur TF1 et France 2.

Le masque va devenir obligatoire

Questionné sur la crise du coronavirus, le président français a annoncé vouloir que le port du masque devienne "obligatoire dans tous les lieux publics clos" à partir du 1er août. "On le fait dans les transports, ça marche très bien, mais c'est un peu erratique dans les lieux publics clos (...) ça veut dire qu'il faut que les choses s'organisent", a fait valoir lors de son entretien sur TF1 et France 2. M. Macron, qui a "recommandé à tous nos concitoyens de porter le masque au maximum quand ils sont dehors et, a fortiori, quand ils sont dans un lieu clos".

"Nous avons des signes que ça repart un peu", a-t-il déclaré alors qu'il était interrogé sur les risques d'une seconde vague, en affirmant que la France sera prête à l'affronter. "Nous serons prêts" en cas de "recrudescence" de l'épidémie du coronavirus avec des "stocks et des approvisionnements sécurisés", a assuré Emmanuel Macron.

"Nous avons à la fois les stocks et les approvisionnements qui sont sécurisés et nous avons l'organisation au plus près du terrain, qui permettrait de faire face à une recrudescence, si elle était là", a insisté le chef de l'Etat.

Les questions ont ensuite porté sur l'utilisation de la chloroquine. Emmanuel Macron a assuré qu'il ne prendrait pas de chloroquine s'il était testé positif au covid-19. "ça n'est pas au président de la République ou à un politique de trancher un débat scientifique avec des critères politiques», a-t-il déclaré.

La France figurera "parmi les premiers pays" à bénéficier d'un vaccin contre le coronavirus mais il serait "absurde" de faire du "nationalisme sanitaire" en la matière, a aussi poursuivi le président français, interrogé sur l'éventualité d'une découverte d'un vaccin par une entreprise française.

"Je ne vais pas faire avec les groupes français ce que je ne veux pas que les autres fassent avec leurs propres groupes, s'est justifié Emmanuel Macon, en référence au groupe français Sanofi, proche d'un accord avec l'Union européenne pour lui fournir 300 millions de doses d'un éventuel vaccin contre le coronavirus.

Rentrée des classes "quasi normale"

Concernant la rentrée des classes de septembre dans le contexte de la crise du coronavirus, celle-ci sera "la plus normale possible", a insisté le président, mais "évidemment", a-t-il précisé, "s'il y avait une accélération (du virus) pendant le mois d'août, on sera amené à revoir cette rentrée. Ca n'est pas ce que je souhaite, si on fait bien les choses nous aurons une rentrée des classes un peu différente, encore plus exigeante".

Le ministère de l'Education a publié vendredi une circulaire pour encadrer la rentrée, qui se fera dans les mêmes conditions sanitaires que celles appliquées à la fin de l'année scolaire.

"Tous les élèves sont accueillis sur le temps scolaire", précise la circulaire. "Gestes barrière, hygiène des mains, port du masque pour les adultes et les élèves de plus de 11 ans lorsque les règles de distanciation ne peuvent être respectées dans les espaces clos ainsi que dans les transports scolaires, nettoyage et aération des locaux", est-il détaillé.

Un plan de relance économique et écologique

Au-delà de la crise sanitaire, Emmanuel Macron a évoqué "entre 800.000 et un million de chômeurs de plus à l'horizon du printemps 2021" et promis un "plan de relance massif", à la fois "industriel", écologique, local, culturelle et éducatif" d'au moins "100 milliards d'euros", qu'il a qualifié d'"investissements légitimes" sur lesquels il espère "un retour". Le président de la République a encore expliqué que la dette liée au Covid-19 serait "mise de côté" et amortie sur le "très long terme".

Emmanuel Macron a en outre proposé un "dispositif exceptionnel d'exonération des charges" pour les jeunes, destiné en particulier à favoriser l'embauche de salariés à "faibles qualifications, jusqu'à 1,6 Smic".

Il a souligné que toute "modération salariale" devait s'accompagner de "dispositifs d'intéressement et de participation" et "d'une modération des dividendes" aux sein "des entreprises auxquelles on abonde".

Le plan de relance, qui doit comprendre un volet écologique important avec notamment un plan massif de rénovation des écoles et Ehpad, sera financé par des aides européennes, dans le cadre du plan de relance que la France espère voir adopter par les 27 pays de l'UE, et par une endettement.

Mais sans augmentation d'impôt, a-t-il dit, y compris en écartant un rétablissement "absurde" de l'ISF qui "ne règlerait rien". Une option possible cependant, a-t-il dit, serait de "décaler un peu" la suppression de la taxe d'habitation pour les plus fortunés.

Côté écologie, il s'est dit favorable à un référendum portant sur l'inscription dans la Constitution de la lutte contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité dans notre texte constitutionnel.

La réforme des retraites aura lieu

"Il est évident que dans les années qui viennent, il faudra procéder à une réforme des retraites", a martélé le chef de l'Etat a plusieurs reprise durant l'entretien télévisé.

Interrogé sur le projet de réforme des retraites, mise de côté en raison de la crise sanitaire, Emmanuel Macron a estimé que la France ne pourrait pas en faire l'économie, tout en reconnaissant que le projet du gouvernement ne pourrait pas être maintenu tel qu'il était prévu avant la crise du coronavirus.

"Nous ne ferons pas l'économie d'une réforme de notre système de retraite, pour qu'il soit viable", a assuré le président. Néanmoins, cette réforme "ne peut pas se faire comme elle était emmanchée avant la crise du Covid", a-t-il concédé.