Au menu à partir de la fin de journée, avec quelque 1.300 amendements à la clé, la proposition de loi "sécurité globale" ne devait être initialement que la traduction d'un rapport parlementaire consacré au "continuum de la sécurité" avec de nouvelles prérogatives pour les polices municipales et la structuration du secteur de la sécurité privée.

Les débats devraient se poursuivre jusqu'en fin de semaine. Les députés aborderont d'abord ces deux thématiques réputées plus consensuelles, mais qui n'échapperont pas aux banderilles des oppositions, les communistes rejetant en bloc "un désengagement de l'Etat sur ses missions régaliennes". Les centristes du MoDem, alliés de la majorité, devraient également exprimer des réticences.

A l'inverse, le groupe Agir souhaite aller plus loin et notamment généraliser l'armement de la police municipale.

Pour la majorité, le dernier versant du texte sera le plus périlleux avec une série de mesures sécuritaires pour lesquelles la place Beauvau a tenu la plume.

"Ce n'est plus une proposition de loi de parlementaires mais un vrai projet de loi du gouvernement", raille-t-on à droite comme à gauche.

Pour le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, comme pour les deux corapporteurs du texte, Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot, il s'agit de "protéger ceux qui nous protègent", les forces de l'ordre, confrontées à une montée de la défiance voire de la violence.

Dans leur viseur, selon M. Fauvergue, ex-patron du RAID, une unité d'élite de la police nationale: la "guerre des images" que "l'autorité, l'État en particulier, est en train de perdre", alors que se sont multipliées, dans le sillage du mouvement des "gilets jaunes", les accusations de violences policières.

La disposition la plus polémique est l'article 24, qui prévoit de pénaliser d'un an de prison et de 45.000 euros d'amende la diffusion de "l'image du visage ou tout autre élément d'identification" d'un policier ou d'un gendarme en intervention lorsque celle-ci a pour but de porter "atteinte à son intégrité physique ou psychique".

Il ne s'agit "évidemment pas (d'une) interdiction de filmer et de diffuser des policiers en manifestations ou en intervention", a martelé mardi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à France 2.

Mais la mesure fait bondir les représentants des journalistes et les défenseurs des libertés publiques, qui fustigent "une grave atteinte" au droit de la presse. Des rapporteurs du conseil des droits de l'Homme de l'ONU ont aussi récemment redouté "des atteintes importantes" aux "libertés fondamentales".

Des syndicats et associations de journalistes se rassembleront mardi, près du Palais Bourbon et en régions.

A gauche, LFI dénonce le risque "d'autocensure". Pour le socialiste Hervé Saulignac, "même Sarkozy n'était jamais allé aussi loin".

"Contre-productif" 

Et les LREM ne pourront pas compter sur leurs alliés du MoDem qui veulent supprimer cet article.

Selon M. Fauvergue, la mesure "n'impose pas un floutage". La restriction ne vise par ailleurs pas le numéro de matricule, dit "RIO" - qu'un policier ou un gendarme doit arborer en intervention.

Mais Gérald Darmanin a remis une pièce dans la machine, en plaidant pour un durcissement du texte.

"Si vous voulez diffuser sur Internet de façon sauvage (...), vous devrez faire flouter les visages des policiers et des gendarmes", a déclaré le ministre, honorant une promesse aux forces de l'ordre.

Le gouvernement ne déposera cependant pas d'amendement sur l'article 24.

Des députés LR, qui soutiennent le texte de même que le RN, portent un amendement se rapprochant de la position du ministre qui, selon des sources parlementaires, a pris à rebrousse-poil une bonne partie des "marcheurs".

Le député LREM Saïd Ahamada a annoncé son intention de ne pas voter cet article qui jette "un doute illégitime sur toutes les interventions policières".

Un autre est sceptique sur l'avenir d'une telle disposition devant le Conseil Constitutionnel.