Après des semaines de critiques et de menaces, le dirigeant d'Italia Viva, l'ancien Premier ministre Matteo Renzi, a annoncé au cours d'une conférence de presse très attendue la démission des deux ministres de son parti: Teresa Bellanova (Agriculture) et Elena Bonetti (Famille).

Sans les 18 sénateurs d'Italia Viva, le gouvernement dirigé par M. Conte perd sa majorité à la chambre basse, mais elle reste en revanche suffisamment large à la chambre des députés.

Matteo Renzi reproche notamment à M. Conte sa gestion jugée solitaire de la pandémie et son plan pour dépenser les plus de 200 milliards d'euros que l'Union européenne doit octroyer à l'Italie dans le cadre de son méga-plan de relance. Une nouvelle version de ce plan a été adoptée mardi soir en conseil des ministres, mais les deux ministres d'Italia Viva se sont abstenues.

"Nous ne permettrons à personne d'avoir les pleins pouvoirs. Cela veut dire que l'habitude de gouverner avec des décrets-lois qui se transforment en autres décrets-lois (...) représente pour nous une atteinte aux règles du jeu. Nous demandons le respect des règles démocratiques", a estimé M. Renzi.

"Nous n'avons aucun préjugé ni sur les noms, ni sur les formules", a ajouté M. Renzi, semblant de cette manière ouvert à un possible nouveau gouvernement dirigé par M. Conte.

Il a en même temps exclu tout soutien à l'opposition de droite, et notamment la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini: "Nous ne donnerons jamais vie à un gouvernement avec les forces de la droite souverainiste que nous avons combattues", a-t-il assuré.

Les deux poids-lourds de la coalition, le Mouvement 5 Etoiles (MS, antisystème) et le Parti démocrate (centre gauche, ancienne formation de M. Renzi), ont jusqu'ici assuré M. Conte de leur soutien.

Remaniement ? 

"Une crise ne serait certainement pas comprise par le pays", a déclaré M. Conte avant l'annonce de M. Renzi, alors que l'Italie affronte "une situation si complexe, si difficile avec tant de défis" et que la crise sanitaire a déjà tué près de 80.000 personnes dans la péninsule.

Il a appelé ses partenaires à travailler "de manière constructive" en vue de "retrouver une meilleure cohésion des forces de la majorité".

Face à cette nouvelle situation, Conte pourrait demander un vote de confiance au Parlement, en espérant obtenir suffisamment de voix au sein de l'opposition pour compenser le départ du parti de Renzi, même si cette option reste peu probable, le chef du gouvernement estimant avoir besoin d'une majorité "solide" sans chercher "une voix par-ci une voix par-là".

Une autre hypothèse pourrait consister pour le Premier ministre à démissionner et obtenir un nouveau mandat du président de la République Sergio Mattarella avec une équipe remaniée.

M. Conte s'est d'ailleurs entretenu mercredi à sa demande avec le président Mattarella. Ce remaniement pourrait être un moyen d'apaiser Renzi en accordant à son parti des ministères plus importants.

Selon Lorenzo Castellani, chercheur en sciences politiques à l'université Luiss de Rome, il existe "deux options privilégiées : un nouveau gouvernement Conte après remaniement, ou un changement de président du conseil, avec une figure institutionnelle et des ministres techniques" pour terminer la législature en cours.

"Quelle que soit la forme que prendra ce changement, je pense qu'il sera composé à partir de la majorité actuelle (...) Cela demandera un travail parlementaire intense avec des tractations entre les différents partis de la coalition", a-t-il expliqué dans un entretien avec l'AFP.

L'Italie, troisième économie de la zone euro et premier pays européen durement touché par la pandémie, a imposé un long confinement lors de la première vague et affronte maintenant sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale.

La crise en cours pourrait en outre entraver l'adoption d'un nouveau plan d'aides publiques de plusieurs milliards d'euros pour soutenir les secteurs affectés par les fermetures dues au virus.