Le Rassemblement national a remporté dimanche la ville de Perpignan qui, avec ses plus de 120.000 habitants, devient sa plus grosse conquête depuis Toulon (1995-2001), à défaut de remporter beaucoup plus de mairies qu'en 2014.

"Nous avons gagné. C'est un système qui s'écroule", a déclaré à l'AFP le député du RN Louis Aliot qui l'a emporté à Perpignan face au LR Jean-Marc Pujol, malgré le désistement des autres candidats arrivés au second tour.

"C'est une victoire méritée, c'est un travail de longue haleine", s'est félicitée au siège du parti Marine Le Pen, présidente du RN et ancienne compagne de Louis Aliot, qui briguait la ville pour la 3e fois.

Le vice-président du parti Jordan Bardella s'est félicité d'avoir fait "voler en éclat le front républicain" des opposants au RN.

Un autre député RN, Ludovic Pajot, a remporté dans le Pas-de-Calais Bruay-la-Buissière (22.000 habitants), en dépit du désistement du maire sortant.

Le parti d'extrême droite a gagné aussi Moissac (12.500 habitants), dans le Tarn-et-Garonne, où l'ancien attaché parlementaire de Marion Maréchal, Romain Lopez, avait failli l'emporter dès le premier tour.

Poignée

Perpignan "c'est un bel arbre" admet Nicolas Lebourg, coordinateur de la Chaire citoyenneté à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye, mais "c'est l'arbre qui cache la forêt des mauvais résultats" du RN à ce scrutin, traditionnellement peu favorable à ce parti, qui voulait pourtant cette année s'implanter davantage.

Le RN avait certes conservé au premier tour huit de ses dix villes remportées en 2014 mais ne gagne au second qu'une poignée de nouvelles mairies.

Son sénateur Stéphane Ravier perd le 7e secteur de Marseille (155.000 habitants). Et son candidat d'ouverture Bertrand de la Chesnaie est battu à Carpentras (Vaucluse) par le maire divers gauche Serge Andrieu, réélu à la faveur d'une triangulaire.

Au premier tour, le scrutin n'avait déjà pas été le grand crû espéré par le RN. Le parti avait déposé moins de listes que prévu et ses résultats avaient baissé dans les villes de plus de 10.000 habitants, y compris dans ses bastions des Hauts-de-France et de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Le parti misait donc beaucoup sur l'élection de Louis Aliot, qui est le fruit d'un "enracinement local" depuis 22 ans, selon le politologue Jean-Yves Camus. En outre, "entre corruption, clientélisme et paupérisation" de la ville, Louis Aliot a profité d'un "rejet massif" des politiques menées à Perpignan, "y compris de la part d'électeurs qui ne sont pas des électeurs frontistes et voulaient renverser la table".

"Ligne"

La victoire du député RN pose toutefois "la question de la ligne" du parti, note M. Lebourg, alors que Louis Aliot a effacé de sa campagne toute référence au RN et défendu sur le plan économique une ligne libérale plus proche de la droite LR que de la ligne "ni droite ni gauche" de Marine Le Pen.

Hormis Perpignan, les conquêtes du RN se comptent sur les doigts d'une main, loin des prévisions de LREM qui dénombrait 137 villes gagnables par le parti de Marine Le Pen.

En dépit de tentatives d'ouverture de ses listes à des candidats extérieurs au parti, le RN "n'a peut-être pas encore la porosité voulue, nécessaire, avec l'électorat des droites +mainstream+", avance M. Camus.

La faible participation pour cause de crise sanitaire n'a sans doute pas non plus aidé le RN. Au premier tour, ceux qui avaient le moins voté étaient les jeunes et les catégories populaires, autant de segments importants de l'électorat du RN.

Le RN avait déjà tourné la page, présentant le second tour comme une "nouvelle élection" orientée vers la présidentielle.

Marine Le Pen a salué dans la victoire du RN à Perpignan un "vrai déclic" qui permettra à son parti de "démontrer que nous sommes capables de gérer des grandes collectivités" en vue des élections départementales et régionales de mars 2021.

La candidate déjà déclarée à la présidentielle de 2022 a aussi souligné que la ville concentrait "l'ensemble des échecs de la politique menée par les dirigeants français depuis des années".