"De quel type d'alliance s'agit-il? Cette décision est une attaque ouverte contre notre souveraineté", s'est indigné le président turc lors d'un discours en faisant référence à l'appartenance d'Ankara et de Washington à l'Otan.

Invoquant une loi adoptée en 2017 par le Congrès, quasiment à l'unanimité, pour "contrer les adversaires de l'Amérique à travers les sanctions" (Caatsa), Washington a interdit lundi l'attribution de tout permis d'exportation d'armes au SSB, l'agence gouvernementale turque en charge des achats militaires, pour punir Ankara de l'acquisition du système de défense anti-aérienne russe S-400.

La décision prévoit aussi des sanctions contre le président de SSB, Ismail Demir, ainsi que d'autres dirigeants de cette institution.

La Turquie a réagi avec véhémence aux sanctions américaines mais des experts ont souligné qu'Ankara a pu échapper au pire du fait du caractère ciblé de ces représailles qui ont épargné son économie déjà chancelante.

Dans son discours, M. Erdogan a rejeté l'argument américain selon lequel les S-400 représentent un "danger pour la sécurité" des systèmes de l'Otan.

"C'est un prétexte. Le vrai but est de stopper l'élan de notre pays dans l'industrie de la défense et de nous rendre de nouveau complètement dépendants", a-t-il affirmé.

Selon M. Erdogan, Ankara a opté pour les missiles russes faute d'accord avec Washington pour acheter l'équivalent américain de ce système ultrasophistiqué, les Patriot.

"La Turquie a depuis longtemps dépassé le point où elle aurait été entravée par ce type de sanctions", a ajouté M. Erdogan sur un ton de défi. "Nous allons redoubler d'efforts pour rendre notre industrie de défense indépendante".

L'achat par Ankara du système de défense aérienne russe S-400 avait envenimé les relations avec Washington ces dernières années.

Les Etats-Unis font valoir que ces missiles sont incompatibles avec les systèmes de défense de l'Otan, l'Alliance atlantique, dont Ankara est membre avec Washington.

La menace de sanctions américaines planait sur la Turquie depuis qu'elle a pris livraison de ces missiles l'an dernier, mais le président Donald Trump, qui entretient de bons rapports personnels avec M. Erdogan, s'était abstenu jusqu'ici de les déclencher.

Les sanctions américaines s'ajoutent à celles décidées jeudi par l'Union européenne en lien avec les activités de la Turquie en Méditerranée orientale.