Les services de santé espagnols ont enregistré plus de 50 000 nouveaux cas positifs au coronavirus la semaine dernière, dont 8 115 au cours des dernières 24 heures. Après une relative accalmie durant l'été, les experts espagnols craignent que cette résurgence ne soit le signe de l’arrivée d’une nouvelle vague en Europe. Le président du gouvernement Pedro Sánchez s’est exprimé ce mercredi matin sur la situation, révélant qu’il était préoccupé de la recrudescence des cas positifs, notamment à Madrid qui enregistre près d'un tiers des nouvelles contaminations.

L’Espagne était déjà l’un des pays les plus durement touchés en Europe avec environ 440 000 cas positifs recensés et plus de 29 000 décès. Mais après l’une des mesures de confinement les plus strictes au monde, qui a permis d’endiguer la propagation du virus, le pays a ensuite connu l’une des réouvertures les plus rapides. Le retour de la vie nocturne et du tourisme – autorisés beaucoup plus tôt et de façon plus laxiste que chez la plupart de ses voisins européens - a contribué à la recrudescence de l’épidémie. "L'Espagne est peut-être le canari dans la mine", avait déclaré fin août le professeur Antoni Trilla épidémiologiste du groupe de recherche de l'Institut pour la santé mondiale de Barcelone au New York Times. "De nombreux pays vont certainement nous suivre, mais il faut espérer que ce ne sera pas à la même vitesse ni avec le même nombre de cas que nous."

Pendant plusieurs semaines au début de l’été, les boîtes de nuit et les bars ont été autorisés à ouvrir jusqu’à 5 heures du matin, dans une volonté de relancer une économie dépendant grandement des touristes et des fêtards. Ce n’est qu’après une vidéo qui a fait scandale, montrant un DJ crachant sur le public dans une boîte de nuit de Malaga, que les discothèques ont été définitivement fermées et les bars forcés de cesser leur activité à une heure du matin. Cette décision n’a pas pour autant empêché les milliers d’habitants et de touristes de s’entasser dans des bars le long des plages en continuant la soirée jusqu’au petit matin. Dans certains établissements, les tables étaient serrées les unes contre les autres, loin de respecter la distance sanitaire imposée de deux mètres, et les masques jetés aux oubliettes.


Les pouvoirs locaux n’ont pas cessé d’essayer de mettre en place des mesures plus strictes, mais c’était sans compter sur la confusion entre autorité nationale et régionale. Une fois l’état de crise sanitaire abrogé, les décisions en matière de couvre-feu et de gestion de la pandémie ont été déléguées aux 17 provinces espagnoles. Mais lorsque celles-ci ont tenté d’imposer des restrictions à la vie locale, leurs décisions ont été rendues caduques par des juges, qui ont fait valoir que seul le Parlement avait légalement le droit d’introduire de telles mesures. Une confusion que l’Espagne paie cher.

Même si les experts parlent d’une vraie différence entre la situation de mars et celle d’aujourd’hui en termes de taux de décès et de gravité des symptômes (les personnes asymptomatiques représentent plus de 50% des résultats positifs), de plus en plus insistent également sur la nécessité de faire respecter les mesures actuelles et d’en prendre des plus drastiques si l’Espagne ne veut pas voir la situation des hôpitaux devenir aussi inquiétante qu’au début de la pandémie.