Alité, le souffle court, mais la parole intelligible et l’esprit clair, Alain Cocq veut aller au bout du bout, et prendre le monde à témoin. Atteint d’une maladie orpheline incurable qui le cloue au lit depuis plusieurs années et le fait souffrir atrocement, cet homme de 57 ans a cessé "toute alimentation, toute hydratation, tout traitement hormis la morphine et tout soin" dans la nuit de vendredi à samedi, comme il l’avait annoncé sur sa page Facebook, suivie par plus de 9 000 personnes. Ce militant engagé dans diverses luttes veut se laisser mourir en direct, sur les réseaux sociaux.

Emmanuel Macron lui répond "non"

Tout s’est précipité jeudi, lorsqu’il a reçu la réponse d’Emmanuel Macron à son courrier envoyé le 20 juillet, dans lequel il exhortait le président de la République à pouvoir bénéficier du droit à une fin de vie dans la dignité avec une assistance active du corps médical. Contrairement aux Pays-Bas, à la Belgique ou à la Suisse, l’euthanasie dite active ou le suicide assisté sont interdits dans l’Hexagone. Sans surprise, Emmanuel Macron lui a donc répondu par la négative : "N’étant pas au-dessus des lois, je ne suis pas en mesure d’accéder à votre demande", lui a écrit le chef de l’État, tout en l’assurant, de son écriture manuscrite, de son "soutien personnel" et de son "profond respect".

Le débat est relancé entre les associations catholiques et/ou pro-vie et les militants pour l’euthanasie. Pour Jean-Luc Roméro-Michel, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, "Alain Cocq demande tout simplement à être libéré de ses souffrances. C’est incompréhensible qu’en France on ne puisse pas décider quand on veut éteindre la lumière. On veut une loi sur les soins palliatifs, sur les droits des patients et sur le suicide assisté, comme en Belgique".

Actuellement, la loi Claeys-Léonetti, adoptée en 2005 et complétée en 2016, prévoit un droit à la sédation profonde et continue pour les personnes atteintes d’une maladie grave et incurable en phase terminale, comme ce fut le cas pour Vincent Lambert, cet ancien infirmier de 42 ans décédé neuf jours après l’arrêt des traitements en juillet 2019. Alain Cocq n’étant pas stricto se n su en fin de vie, il ne peut pas bénéficier de la loi. De toute façon, lui aurait souhaité une mort immédiate, à l’aide d’un puissant barbiturique. "Je prendrai en direct mon bonbon, comme je l’appelle, et je m’endormirai d’un sommeil qui m’apportera le soulagement permanent de toutes mes douleurs", se projetait-il en cas de réponse positive des autorités à sa demande.

Pour Claire Fourcade, médecin dans un service de soins palliatifs depuis vingt ans et présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), la loi n’a pas besoin d’être modifiée. "Elle nous permet d’accompagner les patients jusqu’au bout dans des conditions dignes. Avec mon équipe, nous avons accompagné plus de 10 000 patients ainsi." Pour autant, elle respecte le choix du patient de faire usage de son droit à refuser les traitements et les possibilités de soulagement et d’accompagnement. "Souvent, le désir d’en finir est fluctuant et, quand on soulage la douleur ou après une visite, le désir de vivre revient", témoigne-t-elle.

Alain Cocq, lui, a l’air déterminé. Prêt à mener "son ultime combat"…