Lors de l'audience en référé, l'avocat de GI Me Pierre Robillot, a estimé que l'association ne faisait qu'"interpeller" sur des questions d'actualité, dans la lignée des débats publics sur ces sujets.

"Pour Génération identitaire, tout immigré est une personne violente en puissance et susceptible de passer à l'acte. Il y a un lien automatique entre violence, immigration et insécurité", a au contraire accusé Pascale Léglise, la directrice adjointe des affaires juridiques au ministère de l'Intérieur, lors de l'audience.

En appui, elle a cité différents slogans du groupe, égrenés au long de leurs neuf années d'existence: "Quand tu sors de chez toi, tu n'es plus en sécurité", "la racaille peut frapper", "on les accueille, ils nous égorgent", "immigration, invasion".

"Face à l'insécurité, la racaille et l'islamisation: Protège ton peuple !", écrivait aussi l'association sur Twitter.

Créée en 2012, l'association loi 1901, dont le nombre de militants et sympathisants est estimé par les spécialistes à 800 tout au plus, s'est fait connaître en occupant le chantier d'une mosquée en construction à Poitiers. Elle avait alors déployé une banderole évoquant "732" lorsque "Charles Martel a battu les Arabes à Poitiers".

GI a également attiré l'attention médiatique et politique avec ses actions anti-migrants dans la Méditerranée ou les Alpes. Leur opération du même type dans les Pyrénées fin janvier a "scandalisé" le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin qui a lancé la procédure de dissolution.

Dans le décret portant dissolution, le gouvernement accuse l'association d'"incitation à la discrimination, à la haine et à la violence" et de "volonté d'agir en tant que milice privée".

En réaction, GI a déposé un recours auprès du Conseil d'Etat pour "excès de pouvoir" ainsi qu'un référé-suspension (procédure d'urgence) dans le but de suspendre la dissolution de l'association, le temps que le Conseil d'Etat statue sur le fond.

"De l'huile sur le feu"

"Le lien entre immigration et terrorisme, et plus globalement l'insécurité, est quelque chose qui fait partie du débat public et politique", a plaidé pour GI Me Robillot, en citant diverses personnalités politiques qui se sont exprimées sur le sujet, d'Emmanuel Macron à Christian Jacob, en passant par Bruno Le Maire.

Dans ce contexte, GI ne fait qu'adopter "une position ferme et dure, qui consiste à écarter les considérations humanitaires pour faire prévaloir la sécurité des gens qui sont sur le territoire français", a-t-il ajouté.

"Je ne pense pas que c'est une association qui met de l'huile sur le feu mais au contraire une soupape de décompression", a renchéri son confrère Pierre-Vincent Lambert.

La représentante du ministère de l'Intérieur a au contraire fait valoir qu'"essentialiser ces personnes uniquement sur leurs origines, c'est stigmatiser cette origine et en faire une des causes de l'insécurité".

"Cet amalgame sans nuance est de notre point de vue très dangereux, d'autant plus aujourd'hui avec la fracture de la société sur ces questions-là", a poursuivi Pascale Léglise.

La dissolution de GI est intervenue alors que le ministère de l'Intérieur avait déjà obtenu, ces derniers mois, celle de trois associations accusées d'être proches de la mouvance islamiste (CCIF, BarakaCity et le collectif Cheikh Yassine) dans le sillage de l'assassinat de Samuel Paty en octobre 2020, ainsi que celle du groupe ultranationaliste turc des "Loups gris".