Sans surprise, l'Assemblée nationale française a rejeté dans la nuit de mardi à mercredi deux motions de censure à l'encontre du gouvernement, l'une introduite par la droite et l'autre par la gauche. Ce rejet signifie l'adoption en première lecture le projet de réforme des retraites, selon la procédure du 49-3, article de la Constitution qui permet l'adoption d'un texte législatif sans vote. La motion de censure de la droite a été la première rejetée, ne recueillant que 148 voix, loin de la majorité absolue de 289 suffrages nécessaires pour faire tomber un gouvernement. Seules les voix favorables à la motion sont comptabilisées.

La motion de la gauche n'a ensuite obtenu que 91 petites voix, à nouveau loin du nombre nécessaire pour faire tomber le gouvernement du Premier ministre Edouard Philippe, a annoncé au perchoir le président de l'Assemblée Richard Ferrand (LREM).

Après 13 jours d'un parcours hors norme à l'Assemblée en première lecture, Edouard Philippe avait signé samedi la fin de la partie avec le recours surprise au 49-3, cet outil constitutionnel permettant de faire adopter le texte sans vote, en engageant la responsabilité du gouvernement. Aussitôt, LR et les trois groupes de gauche avaient déposé leurs motions.

Le projet de loi instituant un "système universel de retraite", porté durant deux semaines dans l'hémicycle par le secrétaire d'Etat aux Retraites Laurent Pietraszewski, est donc adopté en première lecture. Le texte va partir au Sénat, qui doit l'examiner en avril, en vue d'une adoption définitive d'ici l'été.

Le Premier ministre a insisté sur une réforme de "justice sociale": "ceux qui défendent le statu quo (...) racontent bien trop souvent des calembredaines".

Récusant tout "coup de force", il a observé qu'il aurait fallu "huit semaines", week-end compris, pour arriver au bout. Avoir une minorité qui "bloque systématiquement les questions de fond" n'est pas à l'"honneur du débat parlementaire", a ajouté Edouard Philippe, en vantant un "texte de compromis" avec l'intégration de 180 amendements issus des différents bancs et des discussions avec les partenaires sociaux.

Dans la rue, les opposants à la réforme, mobilisés depuis le 5 décembre, continuent le combat: ils ont manifesté à nouveau mardi à Paris et en province contre ce "passage en force". Au sein des cortèges clairsemés, les slogans clamaient "Macron traître et retraites" ou "49-3, on n'en veut pas".

La séquence se déroule dans un climat déjà tendu pour l'exécutif, entre coronavirus et élections municipales. En interne, la majorité est aussi confrontée à un enjeu de cohésion, avec des départs au compte-gouttes qui se poursuivent.