Le gouvernement britannique a pris la défense samedi d'un proche conseiller de Boris Johnson, Dominic Cummings, accusé d'avoir enfreint les règles du confinement instauré pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus.

Fin mars, Dominic Cummings, 48 ans, a quitté son domicile londonien pour se rendre chez ses parents septuagénaires à Durham, dans le nord-est de l'Angleterre, alors qu'il présentait les symptômes du Covid-19, ont révélé vendredi soir les quotidiens Daily Mirror et The Guardian.

Au Royaume-Uni, deuxième pays dans le monde le plus durement touché avec 36.675 morts, plus de 41.000 en incluant les cas non confirmés, cette affaire vient embarrasser le Premier ministre Boris Johnson, déjà cible de critiques sur sa gestion de la crise.

Avec la révélation de ce déplacement à 400 kilomètres de Londres en plein confinement, les appels se multiplient pour demander le départ du puissant et controversé Dominic Cummings.

Cerveau de la campagne en 2016 pour le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, il est parfois dépeint comme une sorte de mauvais génie du leader conservateur.

Face à la polémique, un porte-parole de Downing Street a assuré que le conseiller de Boris Johnson avait agi dans la ligne des recommandations du gouvernement.

Aux journalistes venus le questionner devant son domicile londonien, Dominic Cummings a assuré s'être comporté "de manière raisonnable et légale". "Qui se soucie des apparences ?", a-t-il lancé, "la question c'est de faire ce qui est juste, pas ce que vous pensez".

"Le peuple britannique ne s'attend pas à ce qu'il y ait une loi pour lui et une autre loi pour Dominic Cummings", a déclaré un porte-parole du Parti travailliste.

Pour le chef de file des indépendantistes écossais au Parlement de Westminster, Ian Blackford, "il doit démissionner ou être renvoyé".

Deux démissions

Contestant toute violation des règles, un porte-parole de Downing Street a affirmé que le conseiller avait agi ainsi car il avait besoin d'aide pour la garde de son fils et qu'il avait séjourné dans un bâtiment séparé de la propriété. Selon cette source, sa soeur laissait les courses à l'extérieur pour la famille.

Mais pour le parti travailliste, la réponse de Downing Street "soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponses".

Qui était au courant de cette décision, y a-t-il eu sanction de la part du Premier ministre et Downing Street mettrait-elle en doute les déclarations de la police ?

Car celle-ci a confirmé avoir été informée le 31 mars, et a indiqué avoir procédé à un rappel des règles en application des recommandations nationales.

Mais Downing Street a frontalement contredit ces affirmations, expliquant qu'"à aucun moment la police ne s'est entretenue avec lui (Dominic Cummings) ou sa famille à ce sujet, comme cela a été rapporté".

Malgré les nombreuses questions des journalistes, la conférence de presse quotidienne de Downing Street consacrée au coronavirus n'a pas permis d'apporter les éclaircissements espérés. Les recommandations comportent un élément de "bon sens", a déclaré Jenny Harries, médecin-chef adjointe.

Au moment des faits, le gouvernement de M. Johnson imposait à la population de ne sortir que pour subvenir à ses besoins essentiels et exigeait de ceux qui présentaient des symptômes de ne pas sortir de chez eux.

"Ceux qui cherchent à politiser" cette affaire "devraient se regarder dans le miroir", a tweeté le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab, estimant que les explications qui s'imposaient avaient été fournies.

Avant cette affaire, le Royaume-Uni a connu deux démissions retentissantes pour non-respect du confinement en vigueur depuis le 23 mars. Un influent conseiller scientifique du gouvernement, le Pr Neil Fergusson avait démissionné après avoir reçu chez lui une femme, présentée comme sa maîtresse.

Début avril, la cheffe des services sanitaires écossais, Catherine Calderwood, a quitté son poste après avoir reconnu s'être rendue à deux reprises dans sa résidence secondaire.