En remportant 156 voix contre 140 au Sénat, soit moins que les 161 voix qui lui auraient donné la majorité absolue, Conte semble avoir évité une crise de grande ampleur, alors que le pays est entré dans sa plus grave récession depuis l'après-guerre et a enregistré plus de 83.000 morts dans l'épidémie de Covid-19.

Les observateurs politiques s'attendent cependant à des semaines d'instabilité, car M. Conte devra chercher à renforcer sa coalition et trouver les appuis indispensables pour faire adopter les grands projets économiques en attente, notamment le plan de dépenses des 220 milliards d'euros venant du plan de relance de l'Union européenne.

Voici ce qui s'est passé et ce qui pourrait se produire dans les jours et semaines à venir:

Le départ de Renzi 

La crise politique a été déclenchée par l'ex-Premier ministre Matteo Renzi (2014-2016), qui a retiré son petit parti Italia Viva (IV) de la coalition au pouvoir après des semaines de critiques sur la gestion de la crise sanitaire et les plans de dépenses économiques de M. Conte.

Pour pouvoir rester au pouvoir et éviter la démission, M. Conte a dû se présenter devant le Parlement pour un vote de confiance des deux chambres. Facile à la chambre basse, le vote au Sénat a été remporté de justesse, avec seulement une majorité relative après le retrait des sénateurs d'IV.

Visite au président 

"Le gouvernement a obtenu la confiance au Sénat aussi. L'objectif est de rendre maintenant encore plus forte cette majorité. L'Italie ne peut pas perdre une seule minute. Tout de suite au travail pour surmonter la crise sanitaire et économique", a écrit sur Twitter M. Conte mardi soir après le vote de la chambre haute.

Premier passage obligé dans un très court délai, une visite au président de la République Sergio Mattarella, arbitre des crises gouvernementales, pour l'informer de la situation et de ses possibles développements.

Un +sommet+ avec les principaux dirigeants des partis de sa majorité, le Parti démocrate (PD, centre-gauche) et le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème avant son arrivée au pouvoir) est également prévu dans la journée, selon les médias.

"Il faut tourner la page, renforcer et élargir la force parlementaire de ce gouvernement", a déclaré mercredi matin Nicola Zingaretti, le patron du PD.

Remaniement ministériel 

Dario Franceschini, chef des élus du PD et ministre de la Culture explique: "un gouvernement est fort s'il peut compter sur au moins 170 sénateurs".

L'objectif est d'"élargir la majorité à tous les modérés" opposés à l'extrême droite souverainiste forte dans les sondages "pour soutenir une ligne pro-européenne" du gouvernement Conte, ajoute M. Franceschini.

Pour ce faire, le Premier ministre a déjà annoncé son intention de procéder à un remaniement ministériel permettant de faire entrer de nouveaux membres.

"Nous étions déjà en train de travailler à un pacte de fin de législature", une sorte d'agenda politique du gouvernement allant jusqu'à 2023, la date théorique des prochaines législatives, avait déclaré M. Conte mardi soir avant le vote.

"Tout de suite après l'éventuelle confiance, nous examinerons un sujet dont on a déjà parlé: comment renforcer l'équipe du gouvernement", a ajouté M. Conte, ouvrant ainsi la porte de son exécutif à ses nouveaux soutiens et à ceux qui pourraient éventuellement le rejoindre dans un proche avenir.

Le temps presse cependant: selon les observateurs, M. Conte dispose de quelques semaines à peine pour renforcer sa majorité, faute de quoi il risque de devoir démissionner.

M. Conte "n'est pas sous pression pour démissionner immédiatement (...) mais un remaniement du gouvernement pourrait s'imposer, nécessitant un nouveau vote de confiance dans les semaines à venir", préviennent les analystes d'Eurasia Group, un groupe de consultants politiques, donnant une prévision +neutre+ à court terme et +négative+ à long terme pour le gouvernement Conte.