La Protection civile grecque a déclaré "l'état d'urgence" à Lesbos, île de la mer Egée forte de 85.000 habitants et principale porte d'entrée des migrants en Grèce en raison de sa proximité avec la Turquie. Le camp hébergeait quelque 12.700 demandeurs d'asile, soit quatre fois sa capacité d'accueil, dont 4.000 enfants.

"Au moins 3.500 migrants sont sans abri (...) et nous prenons des mesures d'urgence pour ces personnes: les plus vulnérables, environ 1.000, seront hébergés sur un ferry qui va arriver mercredi soir au port de Mytilène", chef-lieu de l'île, avait annoncé auparavant le ministre des Migrations, Notis Mitarachi.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a fait part de sa "profonde tristesse", soulignant que l'UE se tenait "prête à aider". D'ores et déjà, la Commission européenne a annoncé qu'elle prenait en charge le transfert immédiat vers la Grèce continentale de 400 enfants et adolescents.

L'Allemagne, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne, a demandé aux pays de l'UE d'accueillir des migrants du camp. Plusieurs milliers de personnes ont d'ailleurs manifesté spontanément mercredi dans plusieurs villes de ce pays pour exiger des autorités de prendre en charge des migrants.

Pour l'Autriche, "si nous vidons le camp de Moria, il se remplira de nouveau immédiatement", a fait valoir mercredi soir son ministre des Affaires étrangères, Alexander Schallenberg. Vienne va toutefois proposer un millions d'euros d'aides, par exemples pour acheter "des tentes et des couvertures" en Grèce, a-t-il ajouté.

La France s'est dite prête mercredi à "prendre sa part dans la solidarité".

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"Aucune victime"

"Aucune victime, ni blessé, ni disparu n'a été signalé", a souligné le ministre grec des Migrations, qui a salué "l'intervention rapide" des pompiers et des policiers".

Des milliers d'hommes, femmes et enfants sont sortis paniqués dans la nuit de mardi à mercredi des tentes et des conteneurs, certains se réfugiant dans les champs d'oliviers environnants.

Mercredi après-midi, la majorité d'entre eux se sont retrouvés assis au bord de la route reliant le camp au port de Mytilène, formant de longues files d'attente de trois kilomètres, a constaté une journaliste de l'AFP.

"Qu'est-ce qu'on va faire maintenant? Où on peut aller?", demande Mahmout, originaire d'Afghanistan. A côté de lui, sa compatriote Aisha cherche ses enfants: "Deux de mes enfants sont là, mais je ne sais pas où sont les autres".

Cornille Ndama, Congolais, a aussi fui Moria dans la nuit. "Nous avons tout perdu. Comme vous me voyez, je suis laissé comme ça. Je n'ai rien, rien avec moi et pourtant nous ne savons pas où nous allons dormir".

Mercredi soir, un nouvel incendie s'est déclaré dans une partie du camp qui avait été relativement épargnée, entraînant les mêmes scènes de chaos. Cet "incendie est plus limité que celui de mardi soir", a précisé un responsable des pompiers.

"Réactions violentes" 

"Les incidents à Moria ont éclaté quand des demandeurs d'asile ont protesté contre la quarantaine", a déclaré Notis Mitarachi, précisant que de "nombreux foyers" se sont déclarés dans le camp dans la nuit.


Peu avant, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, qui a exprimé "sa tristesse", avait attribué l'origine du désastre à "des réactions violentes contre les contrôles sanitaires" effectués depuis la semaine dernière après la détection de 35 cas de Covid-19 dans le camp.

Le premier cas de coronavirus avait été détecté à Moria la semaine dernière et le camp a été immédiatement placé à l'isolement pour quinze jours.

La partie principale du centre d'enregistrement d'identification a été complètement détruite, selon Notis Mitarachi.

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Outre cette partie principale du camp abritant près de 4.000 personnes ainsi que les locaux administratifs et d'asile, le camp de Moria s'étendait dans les oliveraies avoisinantes, où habitaient près de 8.000 personnes dans des tentes, qui ont subi également de nombreux dégâts.

Les ONG s'inquiètent de la situation. "De nombreuses personnes sont dispersées à des endroits sur l'île" où les ONG ne peuvent pas avoir accès, explique Giovanna Scaccabarozzi, employée de Médecins sans Frontières (MSF) à Lesbos, qui dit ressentir "détresse et désespoir".

Ces dernières années, le camp de Moria a été décrié pour son manque d'hygiène et son surpeuplement par les ONG qui appellent régulièrement les autorités grecques à transférer les demandeurs d'asile les plus vulnérables vers le continent.