"Aujourd'hui, dans la panique, on voit des décideurs politiques proposer une solution erronée au problème en Ukraine"

Comment la situation évolue-t-elle en Ukraine ? La Russie a-t-elle déjà remporté des victoires symboliques ? Dans Il Faut Qu'on Parle, retour sur les 100 premiers jours du conflit en Ukraine avec Yannick Quéau, directeur du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (Grip).

A. Dms

La guerre en Ukraine a débuté, il y a 100 jours. Selon les experts, le conflit risque de se prolonger et de devenir une guerre de position, comme l'avait annoncé Emmanuel Macron au début de la guerre. "Il s'agit de provoquer une forme d'enlisement du conflit du côté russe pour faire comprendre à Moscou que le coût du recours à la violence sera extrêmement important pour la Russie elle-même. Le prix impliqué devrait faire réfléchir à deux fois Moscou", explique Yannick Quéau, directeur du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (Grip).

Alors, combien de temps va durer la guerre en Ukraine ? "Elle est partie pour durer, mais elle dépend aussi des capacités de résistance de l'Ukraine et de sa capacité de résilience par rapport à ça", note M Quéau. Pour lui, plusieurs questions se posent : quels moyens les Ukrainiens sont-ils prêts à déployer et à faire valoir ? Quel type de souffrance le pouvoir ukrainien est-il prêt à encore endurer ? Avec quels espoirs de gains politiques ?

Des gains territoriaux majeurs

Situé dans l'est de l'Ukraine, le Donbass est une région où des combats intenses ont lieu. Les Russes contrôlent-ils la région ? "Pas tout à fait. Cela dépend de ce qu'on définit par Donbass. Si l'on parle des républiques de Lougansket de Donetsk, pas entièrement. On n'en est pas très loin en termes d'avancée militaire, mais il y a encore des blocages et des zones de tensions extrêmement élevées".

Après 100 jours de conflit, les Russes n'ont pas encore remporté de victoire symbolique marquante. Pourtant, ils contrôlent déjà 20% du territoire ukrainien. "De véritables gains territoriaux majeurs, il y en a du côté de la Russie. Il y a la perspective pour le pouvoir russe de décider de l'annexion d'une partie des territoires conquis, dès le mois de juillet", explique Yannick Quéau. "La ville martyre de Marioupol, c'était important aussi, mais ça signifie que tout le littoral de la mer d'Azov est sous contrôle de la Russie", note-t-il. Et d'ajouter : "La remise en cause de la mainmise de la Russie sur la Crimée, je pense que plus personne n'en parle".

Dernièrement, la ville de Severodonietsk a acquis le statut de ville martyr. Détruite à plus de 90% et contrôlée à 80% par les Russes, elle revêt un aspect stratégique pour Moscou et est un point de contrôle important. "Elle marque l'aboutissement de toute une partie du Donbass. Derrière, il n'y a plus véritablement de pôle ou de situation stratégique de résistance en ce qui concerne cette région du Donbass. La percée ou l'avancée qui serait réalisée par une mainmise complète sur cette ville-là serait déterminante", estime l'expert.

Est-ce une question de jour avant de voir la ville tomber entièrement sous contrôle russe ? "C'est toujours difficile de se dire jusqu'à combien de temps est-ce que cela va être contrôlé à 100%. On l'a vu à Marioupol ou à d'autres endroits : des poches de résistance crédibles et qui peuvent durer dans le temps, il peut y en avoir", rappelle M Quéau, qui souligne que le contrôle total n'est pas indispensable aux Russes pour atteindre leurs objectifs.

Faut-il augmenter le budget de la Défense ?

Le directeur du Grip est également revenu sur les 2% du PIB belge dédiés à la Défense, qui fait beaucoup parler depuis plusieurs jours. "On ne paye pas un budget ou une dépense en pourcentage de son revenu. Il faut le savoir. Décréter que ce sera 2% pour la Défense, c'est que l'on va mettre les budgets à l'abri de tout débat politique et de toute politique budgétaire", souligne d'emblée l'expert. "C'est un véritable problème. Il faut respecter le temps démocratique."

Pour lui, il faut savoir à quoi sert l'appareil de défense et où sont ses missions. "Aujourd'hui, dans la panique, on voit des décideurs politiques dire que la solution face au problème en Ukraine, c'est de dépenser plus. C'est faux. Vous pouvez rajouter 3000 chars en Allemagne et 6000 en France, vous ne changez pas la situation en Ukraine. Nous dire que c'est la situation en Ukraine qui accentue la pression sur une obligation de dépenser davantage dans la Défense, c'est faux", conclut-il.