L'Afrique est "victime" de la guerre en Ukraine : le président de l'Union africaine est sorti rassuré" de sa rencontre avec Poutine

Le président de l'Union africaine et du Sénégal Macky Sall a demandé vendredi à Vladimir Poutine de "prendre conscience" que les pays africains sont "des victimes" du conflit en Ukraine, sur fond de crainte de crise alimentaire mondiale.

AFP
L'Afrique est "victime" de la guerre en Ukraine : le président de l'Union africaine est sorti rassuré" de sa rencontre avec Poutine
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Le président en exercice de l'Union africaine (UA) et chef de l'Etat sénégalais Macky Sall a affirmé vendredi être sorti "rassuré" de sa rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine, avec qui il a évoqué les craintes de crise alimentaire du fait de l'offensive russe en Ukraine.

"Nous sortons d'ici très rassurés et très heureux de nos échanges", a déclaré M. Sall aux journalistes à l'issue de cette rencontre à Sotchi (sud de la Russie), ajoutant avoir trouvé le président russe "engagé et conscient que la crise et les sanctions créent de sérieux problèmes aux économies faibles, comme les économies africaines".

Les échanges entre Vladimir Poutine et Macky Sall, qui était accompagné du président de la Commission de l'Union africaine, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, ont duré trois heures, a précisé le dirigeant sénégalais, évoquant "un échange complet sur la situation". "Je lui ai indiqué que nous étions venus d'abord pour lui demander une désescalade et de travailler pour la paix", a précisé Macky Sall.

L'offensive de la Russie contre l'Ukraine -- deux puissances agricoles qui assurent à elles deux 30% des exportations mondiales de blé -- a conduit à une flambée des cours des céréales et des huiles, dont les prix ont dépassé ceux des printemps arabes de 2011 et des émeutes de la faim de 2008.

L'ONU craint "un ouragan de famines", essentiellement dans des pays africains qui importaient plus de la moitié de leur blé d'Ukraine ou de Russie. Au début de la rencontre, Macky Sall a demandé à Vladimir Poutine de "prendre conscience" que les pays africains sont "des victimes" du conflit en Ukraine.

M. Sall a souligné que les Etats africains pâtissaient des conséquences de l'offensive russe contre l'Ukraine alors que "la majorité des pays africains a évité de condamner la Russie" lors de deux votes de l'ONU, et qu'avec "l'Asie, le Moyen-Orient ainsi que l'Amérique latine, une bonne partie de l'humanité" a préféré se tenir à l'écart du conflit.

Macky Sall a relevé que les tensions alimentaires provoquées par le conflit ont été aggravées par les sanctions occidentales qui affectent la chaîne logistique, commerciale et financière de la Russie.

Il a donc appelé à ce que le secteur alimentaire soit "hors des sanctions" imposées par les Occidentaux en représailles de l'offensive militaire russe. "Les sanctions contre la Russie ont entrainé plus de gravité, nous n'avons plus accès aux céréales venant de Russie, mais surtout aux engrais", a relevé le président sénégalais "Cela crée vraiment de sérieuses menaces sur la sécurité alimentaire du continent", a-t-il souligné.

Vladimir Poutine, de son côté, n'a pas abordé ce thème dans la partie publique de la rencontre. Il a souligné le "soutien" de l'Union soviétique aux pays africains "dans la lutte contre la colonisation" et vanté le développement des relations russo-africaines.

Macky Sall est en Russie sur fond de craintes de crise alimentaire mondiale, l'offensive russe en Ukraine ayant paralysé les exportations alimentaires de ces deux géants de l'agriculture. Cela a entraîné une flambée des cours des céréales et des huiles, dont les prix ont dépassé ceux des printemps arabes de 2011 et des émeutes de la faim de 2008.

Plus tôt, le Kremlin avait indiqué que Vladimir Poutine voulait profiter de cette rencontre pour "donner une explication complète de sa vision de la situation concernant les céréales ukrainiennes". Selon lui, seules l'Ukraine et les Occidentaux sont responsables de la crise alimentaire qui se dessine.