Occidentaux, Russes et Chinois s’accusent d’hégémonie: une nouvelle guerre froide semble se dessiner

Les alliés resserrent les rangs, prêts à accueillir la Finlande et la Suède. Pékin et Moscou réagissent au Concept stratégique de l’Otan.

Joe Biden
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Occidentaux, Russes et Chinois s'accusent mutuellement d'ambitions hégémoniques à l'issue du sommet de l'Otan, jeudi à Madrid. Celui-ci a consacré l'engagement des alliés à soutenir l'Ukraine, "aussi longtemps qu'il le faudra" face à l'agression russe, comme l'a dit le président Joe Biden.

Mais c'est surtout la feuille de route stratégique adoptée la veille par les trente pays alliés qui a suscité des réactions courroucées à Moscou et à Pékin. Dans son nouveau Concept stratégique, l'Otan souligne que sa raison d'être est la défense collective et que son but, par sa capacité nucléaire, est de "préserver la paix et décourager toute agression", mais ses propos sont très durs à l'égard de la Russie et, dans une moindre mesure, vis-à-vis de la Chine.

"Par la coercition, la subversion, l'agression et l'annexion, la Russie tente d'exercer un contrôle direct et d'établir des sphères d'influence", dénonce le texte.

À la Chine, les alliés reprochent "ses opérations cyber, sa rhétorique hostile et ses activités de désinformation" et le fait qu'elle "utilise le levier économique pour créer des dépendances stratégiques et accroître son influence" dans le monde.

Les alliés en ont discuté jeudi lors d'une session consacrée, sous l'insistance de l'Espagne, à la protection du flanc sud de l'Alliance, le continent africain, d'où les flux migratoires continuent. En Afrique, "à la fois Moscou et Pékin utilisent le levier économique, la coercition et des approches hybrides pour avancer leurs intérêts", a déclaré le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.

"Les ambitions impériales" de l’Otan

Les deux puissances réfutent cette analyse et, au contraire, accusent l'Otan d'aller au-delà des objectifs initiaux de défense collective. "L'Otan ne cesse de s'étendre au-delà de son champ régional et de ses compétences, de déclencher des guerres et de tuer des civils innocents", a réagi Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, qui faisait référence notamment au bombardement par erreur de l'ambassade de Chine à Belgrade en 1999.

De son côté, Vladimir Poutine a brocardé "l 'hégémonie, les ambitions impériales" de l'Otan, lors d'un déplacement au Turkménistan où il a signé un partenariat stratégique avec ce pays. Le président russe ne se dit pas opposé à l'entrée de la Finlande et de la Suède dans l'alliance mais confirme que tout déploiement militaire de l'Otan dans ces pays recevra une contrepartie côté russe.

Même si les alliés espèrent encore dans leur Concept stratégique "interagir avec la République populaire de Chine de façon constructive", une nouvelle guerre froide semble se dessiner entre une cinquantaine de pays démocratiques et des pays aux relents totalitaires. C'est l'analyse que fait Alexander De Croo à l'issue du sommet. "Une partie du monde reste ouverte. Une autre se ferme, des autarcies qui souvent privent les individus de liberté", constate le Premier ministre belge. "Le monde a changé, l'Otan change aussi", estime M. Biden.

L’impact sur les prix du pétrole et du gaz

À Madrid, plusieurs dirigeants de l'Alliance ont été interpellés par la presse sur les conséquences très concrètes sur le soutien apporté à l'Ukraine, comme le prix de l'énergie ou les risques d'une guerre nucléaire. "Nous vivons dans un monde plus dangereux, plus imprévisible", reconnaît M. Stoltenberg. Celui-ci estime toutefois que tout est fait pour éviter l'escalade, notamment en n'impliquant pas l'Otan "sur le terrain" en Ukraine.

Joe Biden confirme de son côté que son administration étudie un plafonnement du prix du pétrole russe sur les marchés mondiaux qui pourrait faire baisser d'"un dollar" le prix à la pompe aux États-Unis, mais Moscou avertit que dans ce cas, il réduirait les exportations, ce qui entraînerait "une hausse des prix" que "devront payer les consommateurs européens". Alexander De Croo demande un sommet urgent des Européens avant les vacances pour organiser les livraisons de gaz en cas de pénurie. "Des démarches unilatérales ne sont pas la bonne solution", a-t-il dit après l'annonce que le Royaume-Uni pourrait arrêter cet hiver ses livraisons de gaz à la Belgique et aux Pays-Bas en cas de pénurie.