Après la conférence de Lugano, l'Ukraine "prend au sérieux" les réformes attendues sur la reconstruction du pays

Présente en force à la Conférence de Lugano, l'Ukraine a affiché son engagement à des réformes profondes, ainsi qu'à transformer et reconstruire le pays ravagé par la guerre, a déclaré un haut responsable ukrainien dans une interview à l'AFP.

Après la conférence de Lugano, l'Ukraine "prend au sérieux" les réformes attendues sur la reconstruction du pays
©AFP

Une importante délégation ukrainienne menée par le Premier ministre Denis Chmygal s'est rendue dans cette bourgade du sud de la Suisse pour poser les bases de la reconstruction du pays.

Plus de 100 personnes étaient du voyage, dont cinq autres ministres et le président du parlement ukrainien.

"Nous allons prendre très au sérieux la reconstruction de l'Ukraine, la réforme de l'Ukraine", a déclaré le conseiller de Zelensky Alexander Rodnyansky à l'AFP en marge de la conférence. "C'est le message principal."

"Nous voulons montrer au monde que nous avons une feuille de route, un plan qui est faisable et qui pourra être exécuté et mis en oeuvre à un moment donné", poursuit M. Rodnyansky, 36 ans, professeur associé d'économie à l'Université de Cambridge. "Nous voulons nous assurer d'avoir tout le soutien possible pour cela."

750 milliards

Même si Lugano n'était pas une conférence de donateurs, des dizaines de pays ont promis de soutenir la coûteuse reconstruction de l'Ukraine, lors de sa conclusion mardi après deux jours de discussion.

Ils ont signé la Déclaration de Lugano établissant les principes-clé de la reconstruction d'un pays ravagé par l'armée russe.

Le Premier ministre Chmygal a ainsi estimé le coût de la reconstruction à au moins 750 millards de dollars.

Un chiffre "ahurissant", qui inclut aussi bien les dégâts directs qu'indirects, selon M. Rodnyansky, et qui "est voué à augmenter, puisque la guerre continue."

Il table pourtant sur la croissance de l'économie ukrainienne, qui repartira "d'un point très bas" pour couvrir "naturellement" une grande partie de ses besoins de financement.

Démanteler l'oligarchie russe

M. Rodnyansky a également appelé à ce que la saisie d'actifs russes finance une partie des coûts, se joignant à l'appel de son Premier ministre.

"Il faut s'assurer qu'on démantèle vraiment l'oligarchie russe", a-t-il expliqué, décrivant les riches Russes soutenant la guerre du Kremlin comme "une menace pour le monde entier."

D'après les principes entérinés mardi, si l'Ukraine sera aux manettes de sa propre reconstruction, le processus devra s'accompagner de réformes profondes.

Selon le document, "l'état de droit doit être systématiquement renforcé, et la corruption éradiquée."

Pour M. Rodnyansky, Kiev est entièrement dévoué à ces principes.

"Nous envisageons l'Ukraine comme une économie réformée, florissante, faisant parte intégrante de l'Union Européenne (UE)", prédit-il.

Au premier jour de la Conférence, Denis Chmygal avait exposé le plan en trois parties de son gouvernement pour la reconstruction.

Après s'être concentré sur les besoins immédiats des personnes affectées par la guerre, il prévoit le financement de milliers de projets à long terme pour transformer l'Ukraine en un pays européen, vert et à la pointe du numérique.

De nombreux autres ministres ukrainiens ont pris la parole à Lugano pour présenter leur vision d'une Ukraine reconstruite et profondément transformée.

Malgré les difficultés causées par la guerre, M. Rodnyansky ne s'attend pas à une grande résistance des Ukrainiens face à ces réformes importantes.

"L'adhésion à l'UE est une motivation tellement forte que les gens comprendront et soutiendront toute grande transformation ou réforme nécessaire pour atteindre ce but", a-t-il dit.