Guerre en Ukraine : la Turquie soupçonnée de faciliter le vol du blé ukrainien

L’ambassadeur turc à Kiev a été convoqué après la libération d’un vaisseau cargo russe chargé de blé.

Guerre en Ukraine : la Turquie soupçonnée de faciliter le vol du blé ukrainien
©AFP

Le Jibek Joly, battant pavillon russe, était immobilisé dans le port de Karasu, près d’Istanbul, depuis le 3 juillet. À son bord, 7 000 tonnes de céréales que l’Ukraine estime volées dans les territoires nouvellement occupés. Kiev avait demandé à Ankara d’arrêter le cargo. Mais dans la nuit de mercredi à jeudi, il a repris sa route, transpondeur éteint. Et ce jeudi, il est rentré dans les eaux territoriales de la Fédération de Russie. Le sort de sa cargaison n’est pas connu.

Le porte-parole de la diplomatie ukrainienne, Oleh Nikolenko, a regretté sur Twitter que le bateau ait pu reprendre sa route "malgré les preuves […] présentées aux autorités turques".

Test des relations ukraino-turques

Le cas du Jibek Joly a attiré une forte attention politique car le cargo a été le premier à accoster dans le port ukrainien de Berdiansk depuis le début de l'occupation. Pourtant, le vaisseau n'est que l'un d'une vingtaine de navires décelés depuis début mars qui transportent des céréales estimées volées. Des logiciels de suivi des navires tels que Marine Traffic ont recensé plusieurs va-et-vient à partir du port de Sébastopol.

À en croire les prises de vue satellite de Maxar Technologies, ces cargos sont chargés de céréales qui "ne peuvent provenir que des terres arables occupées", constate Taras Visotskiy, vice-ministre de l'Agriculture ukrainien. "La Crimée ne recevait pas d'eau avant que les militaires russes ne rouvrent le canal de distribution, le 24 février. Donc la mauvaise récolte criméenne ne peut suffire à remplir ces bateaux." Globalement, Kiev accuse la Russie d'avoir volé 600 000 tonnes de céréales.

Certains cargos partis de Crimée ravitaillent directement la Syrie où Vladimir Poutine soutient le régime meurtrier de Bachar al-Assad. Si ces livraisons soulèvent l’indignation, les arrivées de navires russes en Turquie suscitent, elles, des interrogations.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, avait en effet affirmé qu'il n'autoriserait pas "du blé ukrainien volé à venir" dans son pays . De fait, la Turquie défend l'intégrité territoriale de l'Ukraine en lui livrant des drones de combat. Ankara se positionne aussi comme médiateur dans un processus de paix encore hypothétique ou des négociations sur l'exportation du blé ukrainien pour prévenir une crise alimentaire mondiale. Le président Erdogan a d'ailleurs promis des résultats "prochainement" concernant la création d'un corridor d'exportation depuis les ports d'Odessa. Une position de facilitateur qui pourrait être remise en cause s'il s'avère que la Turquie importe elle-même des céréales volées.

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