Guerre en Ukraine : Kiev s'attend à une nouvelle offensive russe, accuse le Canada de saper les sanctions

L'Ukraine a prévenu lundi que l'armée russe s'apprêtait à lancer une nouvelle offensive sur des villes-clés du Donbass, dans l'est, tandis que le président Volodymyr Zelensky a accusé le Canada de saper les sanctions contre la Russie.

Des secouristes éteignent le feu d'une voiture détruite après une attaque russe dans un quartier résidentiel du centre-ville de Kharkiv, en Ukraine, le lundi 11 juillet 2022.
Des secouristes éteignent le feu d'une voiture détruite après une attaque russe dans un quartier résidentiel du centre-ville de Kharkiv, en Ukraine, le lundi 11 juillet 2022. ©AP

L'Europe est de son côté entrée dans une période de grande incertitude quant à la poursuite des livraisons de gaz par la Russie, le géant russe Gazprom entamant les travaux de maintenance des deux gazoducs Nord Stream 1, qui permettent d'approvisionner l'Allemagne et d'autres pays de l'ouest du continent européen.

Cet arrêt pour dix jours ne devait en théorie n'être qu'une formalité technique, mais, avec la guerre en Ukraine et le bras de fer entre Moscou et les Occidentaux sur l'énergie, personne ne peut parier sur la suite.

Et pour ne pas donner de prétexte supplémentaire à Moscou, l'Allemagne a obtenu du Canada la restitution de turbines en maintenance du même gazoduc, ce qui a suscité lundi l'ire de Volodymyr Zelensky qui a annoncé la convocation de l'ambassadeur canadien à Kiev "en raison d'une exception absolument inacceptable au régime de sanctions contre la Russie".

Cette décision "sera perçue à Moscou uniquement comme un signe de faiblesse", a-t-il averti, estimant que la Russie pourrait de toute façon, si elle le souhaitait, "arrêter complètement l'approvisionnement en gaz de l'Europe au moment le plus aigu".

Les turbines faisaient l'objet d'une maintenance sur un site canadien appartenant au groupe allemand Siemens, et la Russie imputait à leur absence la réduction de livraisons via le gazoduc.

Sur le terrain, les Ukrainiens anticipent d'âpres combats à venir dans la région de Donetsk (est), devenue le principal objectif des troupes russes.

"Il existe des signes selon lesquels les unités ennemies se préparent à intensifier les opérations de combat en direction de Kramatorsk et de Bakhmout", a averti dans la matinée l'état-major des forces ukrainiennes.

Kramatorsk, centre administratif du Donbass encore sous contrôle ukrainien, et sa voisine de Sloviansk sont considérées comme les prochaines cibles des militaires russes dans leur plan de conquête totale du Donbass, quatre mois et demi après le début de l'invasion de l'Ukraine.

Ce bassin minier est partiellement contrôlé depuis 2014 par des séparatistes soutenus par Moscou après l'annexion russe de la péninsule ukrainienne de Crimée.

31 morts à Tchassiv Iar, six à Kharkiv

Dans le même temps, le bilan du bombardement dimanche d'un immeuble d'habitation de Tchassiv Iar, une autre localité de la région de Donetsk, est passé à 31 morts, a annoncé le Service ukrainien des situations d'urgence.

Des journalistes de l'AFP ont vu lundi des dizaines de sauveteurs s'affairer dans les ruines de ce bâtiment partiellement détruit, aidés par une pelleteuse mécanique.

Le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, a pour sa part assuré que "plus de 300" combattants ukrainiens avaient péri près de Tchassiv Iar, sans toutefois dire quand.

A Kharkiv, dans le nord-est, "des bâtiments civils - un centre commercial et des logements - ont essuyé dans la matinée le feu ennemi. Plusieurs missiles ont touché des maisons. Des garages et des voitures ont aussi été détruits", a déclaré le responsable de son administration, Oleg Synegoubov.

Selon le parquet régional, "31 personnes ont été blessées dont deux enfants de quatre et 16 ans. Six civils, dont un adolescent de 17 ans et son père, ont été tués".

Des avions russes ont aussi tiré quatre missiles sur la région d'Odessa, cité portuaire sur la mer Noire (sud), et il n'y a pas d'informations pour le moment sur d'éventuelles victimes, a souligné Kiev.

Selon Serguiï Khlan, un conseiller du chef de l'administration militaire fidèle au gouvernement ukrainien dans la région de Kherson (sud), un centre de commandement militaire russe, des radars et des systèmes de défense antiaérienne ont été détruits dans la nuit par l'armée ukrainienne à Tavryisk, une localité occupée par les Russes située à une soixantaine de kilomètres à l'est de Kherson.

Le moral du commandement ukrainien

Si l'armée ukrainienne a fait état de nombreux bombardements dans tout l'est de l'Ukraine, elle constate une pause dans les attaques terrestres russes.

"L'ennemi dans notre zone opérationnelle reste derrière les lignes de défense, n'avance pas par voie terrestre, n'a pas les possibilités et les capacités de créer de nouveaux groupes de frappe", a commenté lundi le Commandement opérationnel Sud.

"Les avantages quantitatifs de l'armée russe sont compensés par la précision des missiles et de l'artillerie dont dispose l'Ukraine", a parallèlement affirmé le secrétaire du Conseil de sécurité et de défense nationale ukrainien, Oleksiï Danilov.

"Les armes occidentales livrées aux forces armées ukrainiennes sont déjà en train de changer le cours de la guerre. Et nous n'avons même pas commencé !", a-t-il ajouté.

"L'armée ukrainienne tient bon", avait martelé dimanche soir Volodymyr Zelensky.

"Cette guerre pourrait durer plus longtemps que ce que nous avions prévu ou espéré (...) Nous devons rester concentrés et continuer à soutenir l'Ukraine de toutes les manières possibles", a lâché le lendemain à Kiev le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

- Un responsable des forces d'occupation assassiné -

Dans le même temps, les autorités d'occupation ont annoncé qu'un attentat à la bombe avait coûté la vie au chef de l'administration installée par les Russes à Veliki, dans la région de Kharkiv, partiellement conquise par Moscou.

Cet "acte terroriste" a été commis, à une date non précisée, par un groupe de saboteurs ukrainiens infiltré derrière les lignes russes, d'après ces sources.

Les autorités d'occupation de la région de Kherson ont par ailleurs assuré lundi avoir déjoué une tentative d'attentat contre leur dirigeant dans ce territoire que les soldats ukrainiens tentent de reprendre.

Ces dernières semaines, les attaques contre les responsables mis en place par Moscou se multiplient dans les régions occupées de Kherson et de Zaporijjia, également dans le sud de l'Ukraine. Fin juin, un fonctionnaire de l'administration d'occupation avait été tué à Kherson.

Dans ce contexte, la Russie a fait savoir que, par un décret de Vladimir Poutine rendu public lundi, elle voulait faciliter l'accès à la nationalité russe de tous les Ukrainiens.

Une mesure que le ministère ukrainien des Affaires étrangères a peu après "fermement" condamnée car constituant "un nouvel empiètement sur la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine, incompatible avec les normes et principes du droit international".

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